Erick Manana : L’ésprits des hauts plateaux
4 juin 2012 - Cultures Music Musiques commentaires   //   1235 Views   //   N°: 29

Figure centrale du folk des Hauts Plateaux, il est aussi depuis vingt ans le guitariste attitré du grand Graeme Allwright. Autant dire une star internationale qui n’a pas besoin d’en faire trop pour imposer son immense talent. Le père tranquille du ba gasy ? 

Le son coule dans ses veines, à la façon des torrents, des cascades qui jaillissent et bruissent des Hauts Plateaux. Son plein et vivifiant du ba gasy qu’il porte en lui depuis 35 ans. C’est dire qu’à 53 ans, et après toutes ces années passées au service du « folk d’ici », Erick Rafilipomanana, dit Manana, n’entend pas mettre le pied sur la pédale. Même s’il a annoncé en mai dernier, à son concert au Palais des sports, vouloir faire un break de trois ans avec la grande île.

« Je dois aussi penser à mon public à l’étranger », explique ce Bordelais d’adoption, devenu depuis une vingtaine d’années le guitariste attitré du grand chanteur folk néo-zélandais Graeme Allwright. On le verra ainsi à l’Olympia le 12 janvier prochain, avant d’entamer sa grande tournée sur les cinq continents.

Une star internationale donc. Et même le chouchou d’une certaine critique qui a toujours vu en lui, déjà en 1997, à l’époque de son premier album solo Vakova, un « émule de Crosby, Stills, Nash and Young ayant fait le choix de la spiritualité ancestrale » (Libération). Ce qui lui vaudra de recevoir dans la foulée le Grand Prix du Disque de l’Académie Charles Cros ! « Chaque public est distinct selon le pays et chaque concert nécessite une préparation particulière. Même les répertoires changent », explique-t-il. C’est vrai qu’à Madagascar il est surtout connu pour avoir joué avec les mythiques Lolo sy ny Taniry, à la fin des années 70, et avoir plus qu’un air de famille avec les non moins mythiques Mahaleo. Tout ce folk des Hauts Plateaux ! « A 10 ans, j’étais déjà complètement fan de Raoul (N.D.L.R., le leader de Mahaelo, décédé en 2010). En plein examen du CEPE, j’ai même séché les cours pour aller le voir, alors qu’il venait de terminer ses études en Roumanie. » Il devient tout à la fois son élève, son secrétaire, son bras droit. « Il me dictait les textes de ses chansons et je les couchais sur le papier. C’est comme ça qu’on a fait Rahakamoana (La paresse) », se souvient-il.

Guitariste d’instinct, Erick Manana avoue n’avoir jamais appris le solfège. « Les musiciens malgaches n’ont pas besoin d’apprendre à lire une partition pour faire passer ce qu’ils ont dans l’âme », estime-t-il. L’héritage n’en est pas moins là. Comme avec le grand Razilinà, l’introducteur de la guitare ba gasy dans les années 1940, dont il se veut le fidèle continuateur. Un état d’esprit plus qu’une méthode. « Un jour, au Québec, la corde de ré de ma guitare s’est cassée et j’ai dû finir le concert a capella. Toute la salle était debout à m’applaudir et je me suis dit : tiens, tu as mis le doigt sur quelque chose ! » Ce quelque chose, ce sont ces grandes polyphonies traditionnelles des Hauts Plateaux qu’il ne cesse de magnifier à travers Feo Gasy, le groupe qu’il fonde en 1995 avec le regretté Rakoto Frah à la flûte, et aujourd’hui constitué de Fafah (Mahaleo), Benny (Lolo sy ny tariny), Nini Kolibera et Bariliva à la valiha. Quelque chose de l’esprit des Hauts Plateaux.

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