En toute indépendance
2 juin 2013 - Non classé commentaires   //   1294 Views   //   N°: 41

Le 26 juin 1960, Madagascar retrouve son indépendance après une longue lutte entamée depuis l’insurrection populaire de 1947. Objet de fierté pour les générations qui ont vécu l’événement, elle est aussi matière à bien des questionnements pour les plus jeunes. 

BENOIT RANDRIANASOLO : « Les lendemains n’ont pas chanté… » 
Benoit Andrianasolo, historien et anthropologue, membre de l’Académie malgache, avait 17 ans le 26 juin 1960. Il était collégien à Mantasoa. Il se souvient que tout le monde, trois ou quatre ans avant la proclamation de l’indépendance, commençait à en parler. « À entendre les gens, c’était comme si on allait se retrouver aux portes du paradis. Se débarrasser du joug de la colonisation était la plus grande chose qu’un Malgache de l’époque pouvait rêver. » L’attente est à son comble, d’autant que la Grande Île est bien partie pour échapper à l’épreuve de force, contrairement à ce qui s’est passé en Indochine ou à ce qui se passe alors en Algérie. Depuis le 21 octobre 1958, le pays a déjà statut de République autonome, sous la présidence de Philibert Tsiranana. 

Benoit fait partie des élèves qui sont désignés pour aller à Antananarivo assister à la proclamation officielle. Le 24 juin, sur la route de la capitale, pour éviter de se faire contrôler aux barrages de gendarmerie, les élèves entonnent à tue-tête, toute vitre baissée, l’hymne national : Ry Tanindrazanay Malala ô ! (O notre patrie bien aimée). « On voyait tous les képis se mettre au garde-à-vous devant nous, et nous passions tranquillement. Tout le monde était patriote en ce temps-là. » Fierté légitime, le pays est parmi les premiers de la zone Afrique et océan Indien à gagner son indépendance. À Tana, c’est l’effervescence, une foule en liesse attend le discours du Président Tsiranana. «Un de mes plus grands souvenirs. Des moments à jamais gravés dans mon esprit. » Cinquante-trois ans après, l’enthousiasme est quelque peu retombé, le sentiment national plus circonspect : «Les lendemains n’ont pas chanté comme ils auraient dû. Nous sentons bien que nous ne sommes indépendants que sur le papier. Culturellement, socialement, économiquement, ce n’est pas encore ça…. » 

NO MADY : « Dans la tête que ça se passe ! » 
Groupe de nanas sur une scène rock largement dominée par les mecs, les No Mady exaltent une féroce indépendance d’esprit, sur scène comme dans la vie. Riffs incisifs, déluge de grosse caisse, répertoire néo-grunge, paroles à l’avenant, les belles ont tout sauf froid aux yeux, et certainement pas la langue dans leur poche. «Nous n’avons jamais été indépendants que sur le papier, le cordon n’a jamais été coupé », estime Stéphanie, la guitariste, qui rêve d’autre chose qu’un «pays continuellement en crise, incapable de se mettre d’accord sur un projet commun ». «L’indépendance devait nous aider à retrouver notre véritable identité, mais ce n’est pas le cas. Dans notre façon de vivre et de penser, nous ne sommes pas libres. Il y a toujours cette forme d’oppression sur fond de qu’en dira-t-on qui nous 

empêche de nous épanouir. » Les politiciens ? «Thème trop éculé pour écrire une bonne chanson rock, même Kurt Cobain y avait renoncé ! » Les Pussy Riots ? « Ouais, une façon marrante de faire de la politique, mais risqué ! » « La liberté, finalement, c’est dans la tête que ça passe. À partir du moment où tout le monde a peur de se faire remarquer par le voisin, on ne peut que tomber dans le conformisme. Nous, comme rockeuses, on arrive encore à choquer. Certains préfèreraient nous voir danser le kawitry ou faire de la couture… On espère vraiment que les générations futures, et peut-être celle d’aujourd’hui, vont pouvoir redresser la situation. » Génération en colère ? 

Pages réalisées par Aina Zo Raberanto et Solofo Ranaivo

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