El Mahad : Manifeste thérapoétique
2 juin 2015 - Comores Diaspora commentaires   //   2684 Views   //   N°: 65

Il a reçu cette année le prix du meilleur livre écrit en « shikomori » (comorien), décerné par les éditions Cœlacanthe. Juste récompense pour celui qui est en fait le premier poète de l’archipel à avoir publié un recueil dans sa langue maternelle. 

Héritier spirituel de Mbaé Trambwé (1735-1815 ?), le précurseur du ngandu, la poésie oratoire traditionnelle de l’archipel des Comores, Ibrahim Abdou El Mahad est né à Iconi, une ville située dans le centre de la Grande-Comore. Pour avoir bourlingué dans pas mal de capitales africaines, de Moroni au Caire en passant par Dakar, El Mahad justifie pleinement le titre de mpvandzi mwendedji, littéralement « griot au long cours ». C’est donc sans surprise qu’on le voit débarquer en 2011 à Tananarive, après avoir décroché sa licence de chimie à l’université Cheikh Anta Diop de Dakar. De formation scientifique, il n’en pas moins reçu cette année le prix du meilleur livre écrit en shikomori (langue comorienne), décerné par les éditions Cœlacanthe. Il est en fait le premier poète comorien à avoir publié un recueil dans sa langue natale, le déjà classique Roho Itangao (Tourments de mon cœur) : « J’ai été motivé par le fait que notre langue tend à disparaître. On nous apprend la poésie française mais on oublie que notre langue est une langue poétique aussi », devait-il déclarer à sa parution en 2014.

Son goût de la poésie lui est venu à la mort de son père à qui il dédie son premier poème. Dans le droit fil de l’art oratoire de Mbaé Trambwé, il est l’initiateur d’un nouveau style de poésie comorienne qu’il appelle la « Thérapoésie », basée sur les « jeux de mots/maux » et assez proche du slam.

Son recueil Roho Itangao se présente un peu comme un manifeste thérapoétique avec ses thèmes récurrents : l’amour (Mahaba), la jalousie (Ngoma), le voyage (Msafara). « L’écriture est pour moi un moyen de fuir la réalité du monde, de surpasser mes tourments… » Un fils de Baudelaire également…

S’il a choisi de s’installer à Madagascar, c’est qu’une partie de ses origines est à rechercher dans la Grande Ile. « Ma mère est née dans la province de Mahajanga et y a vécu avant de s’établir définitivement aux Comores. Alors je je me sens ici un peu comme dans mon pays… » Ecrivain engagé, El Mahad plaide pour la valorisation de sa culture à travers le shikomori, tout en dénonçant la tendance des jeunes écrivains comoriens à privilégier le français comme langue véhiculaire de leur imaginaire. Il travaille actuellement à l’écriture de son premier roman.

COMMENTAIRES
Identifiez-vous ou inscrivez-vous pour commenter.
Fermer