Eka Zaho
2 septembre 2014 - Music Musiques commentaires   //   1996 Views   //   N°: 56

Rastas des hautes terres

Le reggae du Vakinankaratra n’est peut-être pas ce qu’il y a de plus connu, mais il vaut largement le détour. Celui d’Eka Zaho se présente comme un heureux métissage de rythmes jamaïquains et d’influences sakalava et betsileo. Un sacré remède !

Aux grands maux, les grands remèdes ? C’est un peu ce que semble nous dire Ody ratsy (Remède), le premier album d’Eka Zaho. Onze titres à haute visée thérapeutique dans un monde il faut bien le dire complètement barré ! Baignant dans un mélange de reggae, de rock et d’influences roots, les rastas d’Antsirabe n’y vont pas de main morte avec l’héritage du grand Bob, mais largement acclimaté à la tradition locale. « Ody ratsy parle de combats spirituels. Nous sommes convaincus que notre musique a un caractère divin. Nous croyons au Zanahary (Dieu) et aux razana (ancêtres) qui nous guident afin de conserver nos vraies valeurs », explique Vony, le leader et porte-parole du groupe. Babas des hautes terres ? Vony secoue la tête et rappelle qu’eka zaho est un terme sakalava utilisé pour instaurer un sentiment de confiance et de réconfort, une formule d’apaisement. Cool !

Créé en 2010, le groupe est constitué de sept musiciens dont Princia, la seule fille à ce jour. D’origine Sakalava et Betsileo, ils partagent une même admiration pour le mouvement rastafari, mais comme un tronc commun sur lequel chacun est amené à greffer sa propre identité. « Chacun de nous apporte son bagage culturel et sa maturité, et tout cela se mélange de manière fluide. Lorsque quelqu’un a une idée, il la partage avec le reste du groupe et nous composons ensemble. On fonctionne comme un collectif à la fois libre et très ouvert », précise Vony. Après un concert très remarqué lors du Fianar Reggae Festival, organisé dans la capitale du Betsileo en mai dernier, Eka Zaho a choisi de quitter momentanément les hauteurs du Vakinankaratra pour une tournée dans les salles de Tana, commencée en juin.

Leur reggae fort bien structuré grâce à une rythmique quasi hypnotique et des jeux de guitare inventifs en fait l’un des groupes du moment les plus convaincants sur ce créneau. L’apport de la tradition locale est évidemment le plus que tout amateur de sons roots ne peut que saluer. Pas mal pour une formation qui ne dispose encore ni de manager ni de maison de disque. Autant dire en train d’éclore. Résolu à tourner le dos à la Babylone mercantile, Eka Zaho propose gratuitement son premier album, « et ceux qui suivront », promet Vony. Les titres sont donc à télécharger via youtube au fur et à mesure qu’ils seront postés. Qu’on se le dise !

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