Ecolos en colère
1 mai 2014 - Nature commentaires   //   2332 Views   //   N°: 52

La carte qui dit tout

Il n’y a pas que la marée noire dans le golfe du Mexique ou  la déforestation  au  Brésil qui sont à marquer en rouge sur la carte mondiale des grandes nuisances écologiques. Selon le récent atlas de l’EJOLT, Madagascar  peut y figurer à quatre titres.

Le 19 mars dernier, le projet de l’Union européenne (UE)  EJOLT (Environmental Justice Organisations, Liabilities and Trade) a divulgué son Atlas mondial de la justice environnementale, une cartographie interactive qui  recense près de 1 000 conflits environnementaux dans le monde, liés entre autres au nucléaire, aux énergies fossiles, à l’eau, à la biodiversité. La Grande Ile  y figure en raison de l’activité industrielle de quatre firmes internationales :  Rio Tinto (QMM) à Tolagnaro et Mainland dans l’Analanjirofo, tous deux dans l’exploitation de l’ilménite, le Projet Ambatovy à Toamasina pour l’exploitation et le traitement du nickel et cobalt,  et Daewoo Logistics, société d’agrobusiness sud-coréenne implantée  à Madagascar en 2008 pour la culture à grande échelle de maïs et la production d’huile de palme.

« Les conflits environnementaux sont en croissance autour du monde. Alors que la plupart des gens ne connaissent que certains cas médiatiques, cette carte montre que les impacts environnementaux font partie du fonctionnement normal de l’économie, et que l’extraction des ressources entraîne des coûts écologiques payés par les populations les plus marginalisées et les plus pauvres », explique au quotidien Le Monde  Leah Temper, l’une des coordinatrices du projet,  chercheuse en sciences de l’environnement à l’université de Barcelone. Financée à hauteur de 3,7 millions d’euros  par l’UE, la carte a été développée pendant trois ans par 23 universités et ONG  (dont  Fondation Tany Meva et Alliance Voahary Gasy pour Madagascar) de 18 pays différents.  

 

Faut-il parler comme Leah Temper de « crimes contre l’environnement » ? Les sociétés mises en cause font en tout cas valoir qu’elles ont entrepris des études d’impacts environnementaux avant de s’implanter et qu’elles ont toutes obtenu les autorisations nécessaires, provenant notamment  du ministère de l’Environnement et du ministère des Mines des pays concernés. A noter toutefois que 17 % des cas analysés par la carte sont considérés, selon la scientifique, comme des « victoires pour l’environnement », ayant été annulés ou ayant trouvé un arbitrage favorable  devant les tribunaux. C’est notamment le cas des Sud-Coréens de Daewoo Logistics qui se sont retirés il y a quatre ans, à la suite de l’annulation de leur bail, bien que l’impact  de leurs activités soient toujours visibles dans le paysage local : leur projet d’agrobusiness portait sur une surface de 1,3 millions d’hectares répartie dans quatre régions de l’île.

« La liste n’est pas encore exhaustive car des recherches sont encore en cours. Avec la contribution et la collaboration des ONG et chercheurs du monde entier, nous espérons atteindre les 2000 conflits documentés d’ici 2015 », fait valoir Leah Temper.  De fait, si 104 cas sont référencés en Inde, 58 au Nigeria, un pays comme la Chine, considéré comme le premier pollueur mondial, n’a encore que deux conflits mentionnés sur la carte de l’EJOLT :  l’empoisonnement au plomb par une usine de fabrication de piles dans le sud-est du pays et le projet de prolongation du train à sustentations magnétique de Shanghai.

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