Don Smokilla : Le retour du Parrain
6 juillet 2012 - Cultures Music Musiques commentaires   //   2145 Views   //   N°: 30

Pionnier du gangsta rap à Madagascar, Don Smokilla a choisi de s’expatrier en France il y a une quinzaine d’années. Il revient au pays avec une galette garantie « pur produit du ghetto ». Le genre bourré à l’égo-trip, avec grosses bagouzes et chaînes en or… 

« On m’appelle Smoki car je fume beaucoup et Don c’est pour le côté mafieux… » Voilà ce qui s’appelle une introduction gangsta rap ! Une façon très provoc de jouer les voyous urbains, les échappés de ghetto, avec tous les clichés qui vont avec : grosses bagouzes, chaînes en or, pompes de marque, nanas affriolantes. Le tout à prendre avec distanciation, humour et second degré, car le Don maîtrise comme pas un son personnage de « parrain » du rap malgache. À 32 ans et bien qu’expatrié en France depuis une quinzaine d’années, il reste l’une des figures emblématiques d’un mouvement apparu sur la grande île au tout début des années 90. 

Rappelez-vous : Urbann Jam, avec ses textes déglingués à la Public Enemy, et plus tard Dealer 2 Sons, tout cela portait déjà la marque Don Smokilla ! Parti à La Réunion en 1996 pour finir ses études, il incorpore le collectif rap Saint Pierre Click avec son pote Maeskro, avant de s’installer en Région Parisienne au début des années 2000. La suite, c’est 974 mm formé avec le groupe réunionnais Da 109 Skwad, puis ses retrouvailles avec Maeskro, en 2006. Le voici donc de retour au pays avec un troisième opus intitulé L’Hery-Tier 3 (jeu de mots sur Hery Rahaingomanana, son nom à l’état civil). Un album garanti « pur produit du ghetto », bourré à l’égo-trip. « Tout ce côté m’as-tu-vu, je l’assume, c’est l’essence du rap, mais il faut aussi savoir écouter ce qu’il y a derrière. Après tout, tous les gangsta ne fument pas », note-t-il philosophe. Un album qu’on pourrait qualifier de la maturité. Pour la circonstance, il a fait appel à la fleur du rap américain avec des artistes comme Verbal Kent (de Chicago) ou Absouljah (du Queens). Sans oublier de grosses pointures locales comme Tongue, Karnaz ou Double’nn.

À noter que l’album est distribué sur support CD, une grande première pour Don Smokilla dont les oeuvres étaient jusque-là exclusivement téléchargeables sur Internet ! Choix logique, car il possède aujourd’hui son propre studio d’enregistrement et s’intéresse de plus en plus à la production d’artistes locaux à travers son label Gasy’Ploit. C’est le cas d’Agrad & Skaiz qu’il a repérés en juin 2011 et qu’il considère comme la « relève du rap d’ici ». « Je leur apporte le matos, le soutien financier, et artistiquement ils ont le champ libre. C’est une vraie chance pour eux, car dans le milieu du rap les grosses galères sont plutôt la loi commune ». Parole de gangsta !

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