Dockers : Plein le dos !
21 janvier 2012 - Métiers commentaires   //   1128 Views   //   N°: 24

Quatre sacs de riz sur les épaules ne leur font pas peur. Question d’habitude et d’avoir les reins solides. A huit, ils déchargent en quelques minutes un camion pour le marché. Bienvenue chez les « dockers », véritables Atlas des temps modernes…

Dès six heures du matin, parfois quatre selon la charge de travail, ils sont déjà là, ombres fantomatiques en file indienne sur le bitume, avec leurs lourds sacs de riz ou de pois secs posés sur les épaules. Tous ahanant et suant malgré le froid du petit matin qui les transit. Ce sont des porteurs, plus précisément ce qu’on appelle des « dockers » à Madagascar, même si leur boulot n’a rien à voir avec une quelconque activité portuaire. Ils sont huit, ce matin, à décharger un camion pour le marché d’Anosibe, sous le regard attentif de Jean Marie Rakotondravao, 48 ans, le chef d’équipe. On l’appelle le « titulaire », car il dépend directement du patron, un intermédiaire qui travaille pour les marchés et qui les paye à la livraison des sacs.

« C’est lui qui me dit quoi livrer et à qui, ensuite je répartis le travail », explique Jean Marie.

Théoriquement, en sa qualité de chef, lui ne porte rien. En théorie seulement, car il lui arrive quand même de devoir se coltiner des sacs de 50 kg ou plus quand un de ses gars est absent ou qu’il y a trop de marchandises à livrer. Un exercice qui ne l’effraie pas plus que ça, après avoir passé lui-même presque 40 ans à faire le docker ! « Je suis un des plus anciens toujours en activité. J’ai commencé tout petit en portant des sacs de riz remplis à ras bord. C’est sûr qu’il faut avoir les reins solides et la santé pour le faire ». Le genre de métier que personne ne rêve de faire, mais il faut bien gagner sa croûte, et grâce à lui Jean Marie a toujours pu subvenir aux besoins de sa famille. « En une journée, on peut espérer gagner entre 3 000 et 4 000 ariary, et comme c’est quasiment des sept jours sur sept, on parvient toujours à faire bouillir la marmite ».

De l’argent gagné à la sueur de son front, ça, il peut le dire. D’autant que le boulot est particulièrement éprouvant : quand il pleut, le moindre pavé devient une patinoire. « Trois sacs sur le dos, une route trop glissante, un petit moment d’inattention et on se retrouve vite avec une cheville cassée et plus aucun travail en perspective », commente-t-il. Dans ces moments, le patron offre un minimum d’assistance, mais c’est surtout la solidarité entre dockers qui permet de s’en sortir. « On fait peut-être un métier de bêtes de somme, mais entre nous on est très humains, très solidaires », ironise Jean Marie. Les dents serrées, il vient d’installer quatre énormes sacs de riz sur ses épaules. Le jour commence à se lever. Il faut se dépêcher.

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