Crophe : Pilote d’une île pilote
30 juin 2016 - Escales commentaires   //   2764 Views   //   N°: 78

Crophe, un des plus jeunes maires de Madagascar, met tout en oeuvre pour s’occuper de son île natale, Sainte-Marie. Un mandat qu’il mène avec les soins d’une mère de famille, conscient de sa responsabilité de rendre la vie meilleure à ses administrés. Pour cela il mise sur un tourisme responsable. 

Beassou Ismak Ado Crophe, dit Crophe, Saint-Marien de père et de mère, bénéficie en 2007 d’une bourse universitaire lui donnant accès aux études supérieures sur la Grande Terre grâce à l’appui de l’association Gabatcha. Sorti de l’université de droit de Toamasina avec son diplôme en poche, spécialisé en droit public, Crophe revient gonflé d’énergie, stimulé par l’envie d’améliorer le quotidien de tout un chacun. La confiance s’installe avec les habitants puisqu’il est élu haut la main maire de Sainte- Marie en 2015. Il ne perd pas de temps et donne très vite le ton : action ! Il heurte et dérange en s’attaquant de front à un sujet politico-économique sensible (l’affaire des concombres de mer) tout en restant fidèle à son voeu le plus cher, faire de Sainte-Marie une île modèle d’équité sociale : « Il ne faut pas vendre notre âme au tourisme de masse. Pour cela, je préfère voir venir des étrangers responsables, des touristes écolos, des touristes environnementaux, plutôt que les irresponsables et les irrespectueux. »

Côté environnemental, l’île jardin mérite un nettoyage et Crophe s’attelle à la gestion des déchets. L’ancien projet d’implantation d’une déchetterie refait surface, avec l’appui du TCO (cinq communes de La Réunion). Crophe aimerait que ce projet soit mené par une société d’économie mixte, à majorité 88 privée afin d’en assurer la pérennité. « Je rappelle encore que l’environnement au sens large touche la vie de tout le monde, à Sainte- Marie, à Madagascar, et sur le reste de la planète. » Il souhaite également soutenir, organiser et fédérer les actions visant à faire de Nosy Boraha (le nom malgache de l’île), et de sa petite voisine écolo l’Île aux Nattes, un espace propre.

Développer le réseau d’eau potable avec davantage de bornes fontaines est aussi un de ses fers de lance, puisque Monsieur le Maire répond à l’invitation du SEDIF (Le syndicat des eaux de la région parisienne ponctionne 0,9 ct d’Euro par m3 d’eau. Cet argent est consacré au financement d’actions de solidarité internationale. En 25 ans, 24 millions d’Euros ont été attribués à des opérations qui ont bénéficié à plus de 4 millions d’habitants de pays défavorisés). Suite à la visite de Crophe en mars dernier à Paris, cet établissement public propose d’irriguer Sainte-Marie. Une délégation et des techniciens doivent se déplacer en septembre afin d’évaluer le coût du chantier.

Cette ouverture désirée du jeune maire vers l’extérieur devrait rassurer les responsables des structures hôtelières et touristiques. Ces derniers souffrent en direct du manque de vrai label touristique, et de l’irrégularité des vols aériens qui provoquent de nombreuses annulations. Viennent s’ajouter les caprices de mère Nature qui entraînent par sécurité l’arrêt des traversées en bateau. Mais làdessus aucun maire n’a le pouvoir de changer la météo. « À environ 12 km des côtes, Sainte-Marie ne doit pas rester isolée. Elle a tous les atouts pour devenir une île pilote, un exemple pour Madagascar, et pourquoi pas pour le reste du monde », poursuit Crophe.

Tout comme le fait l’office du tourisme, il rappelle ses attraits touristiques majeurs : la faune et la flore d’une extrême richesse, le sanctuaire des baleines et la fragile beauté des fonds marins, des trésors choyés par l’association Cétamada et par la Commission de l’océan Indien. À cela s’ajoute le travail des associations locales et des micro-projets sur la culture, l’artisanat, l’écologie, l’éducation (Drôle de dames, Rouge beauté, le Plastique c’est pas chic…), que Crophe soutient avec les aides internationales. Ce travail de coordination et de sensibilisation a pour seul but d’ accueillir au mieux le futur visiteur dans un milieu propre, chaleureux et sécurisé.

Ce nouveau souffle que Crophe provoque sera certainement renforcé par le Festival des baleines 2016 qui a encore misé gros cette année sur la promotion de l’événement et donc indirectement sur celle de l’île Sainte-Marie. Crophe ne peut que soutenir la deuxième édition de ce festival intra-muros.

Alimenter sainement, donner confiance, valoriser les acquis et miser sur un bel avenir pourrait être l’adage du représentant de la grande famille saint-marienne. Un rôle courageux de maire… de famille.
 

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