Cimetière des pirates
11 novembre 2012 - EscalesNo Comment   //   2513 Views   //   N°: 34

Cocotiers, épices, plages de sables blancs et galions engloutis, l’île Sainte- Marie se prête facilement aux mythes. Pour tenter de démêler l’histoire de la légende, visite du cimetière des pirates, la curiosité la plus visitée de l’île.

Au nord-est de Madagascar, l’île Sainte- Marie s’étend sur une cinquantaine de kilomètres. Sur la route entre l’océan Indien et la mer Rouge, elle regorge d’atouts pour abriter des marins en quête de nourriture, de femmes et de tranquillité : une côte percée de vastes criques, une végétation luxuriante, de l’eau douce et une population accueillante. La baie la plus célèbre, à Ambodifotatra, regorge de souvenirs d’une époque mythique où Sainte-Marie était un repaire pour la piraterie.

Dominée par le cimetière des pirates et protégée par l’îlot Madame, elle abrite en son sein l’île aux Forbans. Des toponymes porteurs de mémoires et de rêves. Des mots. Telle est l’histoire des pirates qui se transmet par oral depuis trois siècles, comme un trésor qui s’enrichit au fil des générations. On dit ainsi qu’au milieu du XVIIe siècle, plus de mille corsaires, flibustiers ou trafiquants en tout genre régnaient en maître sur ce petit bout de terre.

On raconte que des pirates anglais, français ou américains y auraient caché une partie de leurs trésors. Que l’anglais Thomas White serait le grand-père de la fameuse princesse malgache Beti, qui céda l’île à la France en 1750. On pense enfin que la piraterie des Caraïbes, chassée par la monarchie anglaise au début du XVIIIe siècle, est venue se réfugier dans les eaux accueillantes de Sainte-Marie. Mais que reste-t-il de la grande époque de la piraterie ?

Peu de chose : les vestiges de l’histoire sont plus tardifs et sont surtout l’oeuvre de la Compagnie des Indes, une prospère société commerciale qui domina l’île au XVIIIe siècle : un ponton, un fort et quelques tombes dans un cimetière dévasté. C’est le fameux cimetière des pirates qui est davantage celui des commerçants que des forbans : on y croise des négociants, des gouverneurs, quelques corsaires, des femmes, des enfants, et des missionnaires.

Mais peu de pirates : un monument en hommage au célèbre pirate William Kid, pendu en Angleterre en 1701, et une stèle pittoresque gravée de deux tibias surmontés d’un crâne hilare, la tombe d’un certain Pierre le Chartier, né en Normandie et mort à Sainte-Marie en mars 1834, mais dont personne ne sait rien. Mais à quoi s’attendait-on ? Les pirates meurent sans laisser beaucoup de traces : leurs bateaux sont engloutis et leurs corps sont plus souvent jetés en mer que sagement allongés sous terre.

Leur intense activité autour de Sainte-Marie est attestée, mais par les autres : des actes des compagnies maritimes qui déclarent des disparitions de navires, des jugements et quelques récits édifiants ou terrifiants. Peu de vestiges, mais une présence beaucoup plus vivante dans la mémoire collective que les commerçants. La magie du cimetière n’est finalement pas de donner des indices historiques, mais de rassembler dans un même lieu de mémoire les frères ennemis, pirates et commerçants, et de les faire revivre, le temps d’une épitaphe.

Bénédicte Berthon-Dumurgier
Photos guy monot

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