Cheick MC, 20 ans de « Ras le bol »
7 août 2015 - Comores commentaires   //   2786 Views   //   N°: 67

Auteur-compositeur et interprète, il est l’un des pionniers du mouvement rap aux Comores. Vingt ans de contestation et d’engagements tous azimuts. Un « working class hero » comme on l’aime, jamais fatigué de monter aux créneaux. 

Ras Le Bol, son premier titre, co-écrit en 1995 avec Onys et Derka au sein du groupe Pirates du Myka, marque historiquement la naissance du rap aux Comores. C’est dire l’importance de Cheikh MC (Abderémane Cheikh de son vrai nom), artiste de Moroni dont l’engagement aux côtés des laisséspour- compte de la société comorienne ne s’est jamais démenti. Cela lui vaudra même en juin 2014 de se retrouver derrière les barreaux, avant que la pression de la diaspora via les réseaux sociaux ne l’en libère. Il est à nouveau aux avant-postes en février 2015 lorsqu’il appelle les Comoriens à manifester dans le cadre de l’opération « Ile morte » contre les pénuries d’eau et d’électricité. 

Un agitateur inspiré, un justicier non masqué et au charisme certain, dont la discographie sert de caisse de résonnance depuis 20 ans au « ras-le-bol » de toute une génération.

Né en 1978 d’une famille nombreuse, père petit fonctionnaire et mère au foyer, il a plutôt eu une enfance heureuse, mais perturbée par des problèmes de santé qui l’isolent et l’empêchent d’avoir une scolarité normale. Par compensation, il commence à écrire des chansons. « Je chantais tellement mal que je n’osais pas les faire écouter… » L’idée de faire du rap lui vient lorsqu’un cousin émigré, de passage au pays, lui fait écouter un titre, Grandmaster Flash sans doute ou NTM. « A la seconde j’ai su que ça allait être mon outil d’expression ». A 17 ans, il enregistre Ras le bol mais doit attendre dix ans pour sortir, en 2005, son premier album Tout haut (entendre « dire tout haut ce que les autres pensent tout bas »). Le titre phare en est Mwambiy, un message adressé au Président de l’époque, que tout le monde se repasse en boucle.

Enfant du tiers monde, sorti en 2010, démontre sa grande maturité artistique et lui vaut d’être nominé en finale du prix Découverte RFI. De là il enchaîne les concerts dans l’archipel et à l’étranger, collaborant notamment avec ses pairs Franco-comoriens notamment Rohff, Vincenzo et Soprano. Il acquiert même statut d’Ambassadeur de l’UNICEF (Fonds des Nations unies pour l’enfance), s’impliquant tout particulièrement dans la lutte contre le sida. Son dernier album, sorti en 2014, est un furieux résumé de sa trajectoire puisqu’il s’intitule Révolution , sept titres « coups de poing » contre la corruption et les lendemains qui ne chantent pas. Attentif à la régénération du mouvement Hip Hop, on lui doit enfin la création du premier label rap aux Comores, Watwaniya Concept. Les héros du rap ne sont jamais fatigués.

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