Charles Gassot: L’homme aux cent briques
1 mai 2013 - AssociationsNo Comment   //   2225 Views   //   N°: 40

Dénicher les bonnes idées, inventer des concepts, monter des projets… Charles Gassot est producteur dans l’âme et ne s’arrête pas au cinéma. Pas plus qu’à l’Europe. Depuis 18 ans, il dirige Écoles du monde à Mahajanga, une ONG qu’il finance à coups de briques.

Qu’est-ce qui a conduit le producteur de gros succès comme La vie est un long fleuve tranquille, Tatie Danielle ou Tanguy à venir passer huit mois par an à Madagascar pour faire de l’humanitaire ?

Le cinéma, bien sûr, et le hasard. Je cherchais un pays d’Afrique francophone pour tourner Michael Kael contre la World News Company, avec Benoît Delépine. Chaque fois que j’envisageais un pays, on me disait : « pas chez nous ». J’ai tenté Madagascar, ça a fonctionné.

On a tourné vers Mahajanga, une belle expérience. J’ai été touché par les gens, leur dignité. Et révolté parce que personne ne parlait de Madagascar. Un cyclone pouvait dévaster la côte, on ne parlait que des petits dégâts de la Réunion. Ça m’a donné envie d’agir. Et j’ai rencontré le père Pedro, qui est devenu un ami. Il m’a beaucoup encouragé. C’était en 1998.

Cela fait donc 16 ans. Quelles sont vos réalisations ?

Écoles du monde, ce sont 62 sites, 2 500 enfants scolarisés, des constructions d’écoles, de maisons pour les instituteurs, des théâtres de brousse, des formations de formateurs. Quand on arrive dans un village, si on veut espérer faire quelque chose de durable, il faut rester au moins dix ans, avoir une approche globale et viser l’autonomie du village : on a construit 130 puits qui apportent de l’eau à 16 000 personnes, on installe des panneaux solaires, on crée des associations de femmes, on rénove des écoles, des routes…

Comment vos travaux sont-ils financés ?

Pas par les bailleurs ! Ils nous font remplir des dossiers de subventions hyper compliqués, et comme par hasard on ne rentre jamais dans les cases. Une anecdote savoureuse. Il y a 13 ans, j’ai fait visiter nos trois premières écoles à l’Europe.

Ils arrivent en costard-cravate et ils nous disent : « vos écoles ne sont pas aux normes, il n’y a pas de sorties de secours. » Des sorties de secours en brousse ! C’est très décevant. Alors on est obligés d’inventer par nous-mêmes des solutions de financement alternatives.

Comme le projet « cent briques pour Madagascar » ?

Exactement. La brique, c’est très symbolique. Nous construisons les écoles avec des briques qui sont fabriquées sur place, avec la terre locale, grâce à des presses assemblées par des détenus dans des prisons françaises. Tous les deux ans, nous invitons une centaine d’artistes à produire gratuitement une oeuvre originale sur une brique. Elles sont vendues aux enchères au profit de notre association.

La première édition a eu lieu en 2011, ça a très bien marché : la brique de Soulages a rapporté 65 000 € à elle seule ! Cette année, on a David Lynch, Enki Bilal, Sarah Moon, Julian Opie et plein d’autres artistes de premier plan. Vos prochains chantiers ? Nous allons faire bâtir une école par l’architecte Jean-Paul Viguier qui construit la tour Majunga à la Défense (Paris).

Bien sûr, pour les gens de Mahajanga, ce qui compte, c’est l’école, pas la personne qui l’a conçue. Mais imaginez qu’on trouve dans le même coin une école Rudy Ricciotti, une école Jean Nouvel, une école Renzo Piano… ça peut attirer un nouveau tourisme de qualité et participer au développement des villages.

Texte et photos : Alexis Villain

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