Cha Gliss au pays des merveilles
2 novembre 2015 - Cultures Music Musiques commentaires   //   1892 Views   //   N°: 70

Bien qu’il se défende d’être la copie parodique d’« Alice ça glisse » du non moins parodique Franky Vincent, Lish Ca Glish s’impose comme l’ambianceur préféré des soirées « mafana ». Qu’il se présente comme gay n’est finalement qu’une donnée annexe, car le militantisme homo n’est pas inscrit à son répertoire. 

« Alice ça glisse… au pays des merveilles / Bravo Franky… je sens tes groseilles. » Qui aurait pensé que ce tube inaltérable de Franky Vincent – vrai moment de poésie comme on en souhaiterait plus souvent – inspirerait un jour à Jean Fidelis Rasoloarimanana son nom d’artiste : Lish Ca Glish ? «  est le diminutif de mon prénom, Fidelis et Ca Glish vient du fait que je réussis sans trop de difficulté tout ce que j’entreprends  », se défend-il ingénument, tout en rendant hommage à « l’ambianceur qu’est Franky et à son sens de la chanson paillarde ».

Tel quel, il a littéralement mis le feu au Jao’s Pub d’Ambohipo en septembre dernier en servant au public un de ces cocktails de salegy, kawitry et coupé-décalé comme on ne nous en avait pas servi depuis des lustres. Du chaud bouillant mafana à faire péter les ventilos et exploser les glaçons dans les verres à Martini ! Ce qu’on appelle une bête de scène, à la chorégraphie réglée au millimètre.

Pas si étonnant d’ailleurs, car avant de se produire en solo en 2013, il a été pendant des années le danseur de Viavy Chilla, l’indétrônable reine du salegy. Également un proche de la tropicaleuse Sacha Bam Bam, avec qui il a fait un duo et qui est aussi sa styliste attitrée. Autant dire que Lish Ca Glish sait très bien s’entourer.

Mais son plus produit, comme on dit chez les adeptes du marketing, son truc en plus si vous préférez, c’est qu’il est aussi un artiste qui se revendique ouvertement gay, ce qui n’est pas sans courage par les temps qui courent. « A quoi bon se cacher ? La musique ne connaît ni sexe ni orientation sexuelle. Moi je demande à être jugé sur mon talent, pas sur la minorité que je représente. Je ne veux être le porte-drapeau de personne. » Bref, ne comptez pas sur lui pour jouer la folle de service ou le super-héros de la cause homo !

Ce qui n’empêche pas quelques clins d’oeil au passage, comme dans la chanson Katsaka anaty la poêle : « Zaho ataonao sarim-bavy / Zaho tsy mitady hajainao / Aza variana mitokiky / Fa zaho koa mahazo ka tsy mitsitsy » (Tu dis que je suis un travesti / Sache que je ne demande pas ton respect / Et fais gaffe à ton derrière). « C’est juste une succession de rimes, une inspiration qui m’est venue comme ça. Un coup de gueule si vous le voulez, mais ne le prenez pas comme une revendication », assurant qu’il n’évoquera plus le sujet dans ses futures chansons.

Il est d’ailleurs plutôt optimiste sur la façon dont les choses évoluent à Mada en ce qui concerne la population gay. « Mis à part des rejets isolés, notre intégration dans la société est plutôt facile. Plus que dans d’autres pays en tout cas, et c’est tout à l’honneur du nôtre. Maintenant j’aimerais pouvoir m’exprimer sur d’autres sujets. » Reste ce nom de scène un peu bizarre et cette furieuse envie d’« ambiancer » sans tabous à la Franky Vincent : « Toucher la chatte à la voisine Oh oh oh oh oh oh ! »

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