C’était il y a cent ans… en octobre 1912
2 octobre 2012 - TsiahyNo Comment   //   1800 Views   //   N°: 33

Le sous-sol regorge de richesses encore mal connues. Le lieutenant Bührer annonce à l’Académie malgache l’envoi d’une caisse de fossiles et signale, dans le même courrier, « l’intérêt qu’il y aurait à fouiller méthodiquement toute la partie de la côte comprise entre l’embouchure du fleuve Maharivo et la région plate qui commence au sud de Belo-sur-Mer. »

Le professeur Alfred Lacroix prononce une conférence à la séance annuelle de l’Institut à Paris : Un voyage au pays des béryls. Il y rappelle que les premiers voyageurs ont signalé la présence de « pierrerie », mais que les tentatives d’exploitation faites aux 17e et 18e siècles ont échoué. Tandis que, « depuis l’occupation française, les prospecteurs ont bien pris leur revanche. »

Et la mission d’exploration qu’il a menée pendant quatre mois lui permet d’affirmer que les pierres précieuses de Madagascar sont « nombreuses, variées et belles. […] Quelques-unes d’entre elles, les béryls roses et les tourmalines jaunes par exemple, ne comptent de rivales dans aucun pays du monde. »

L’année dernière, Alfred Lacroix avait publié un article sur l’uranium à Madagascar. M. Girod, prospecteur, en aurait récemment découvert un gisement d’au moins 25 tonnes. Et la production de graphite bat son plein, s’il faut en juger par les nombreuses offres d’achat publiées dans les gazettes.

La section de Madagascar et des Comores de l’Union coloniale française, qui s’intéresse depuis longtemps au sujet, revient dans sa séance du 17 octobre sur sa demande, faite en mai à M. Picquié, de recevoir communication, à titre officieux, du projet de décret modifiant la législation minière. Une commission est chargée d’examiner les détails du projet. Bientôt la saison des pluies

Les ordures s’amoncèlent dans le quartier d’Andravoahangy, alors qu’un arrêté municipal interdit leur dépôt à moins de 5 kilomètres de la capitale. L’approche de la saison des pluies fait craindre des menaces sur la santé publique.

C’est aussi en raison de cette saison des pluies que l’administrateur en chef de Tananarive rappelle aux habitants qu’il leur revient de faire vérifier le bon fonctionnement des paratonnerres placés sur leurs habitations, l’Administration n’offrant plus ce service. La société l’Énergie Industrielle insère aussitôt une annonce pour dire qu’elle pourra s’en charger.

Ambohimanga a accueilli une grande fête le week-end des 19 et 20 octobre. Le prétexte en était l’inauguration d’une plaque commémorative à la mémoire du roi Andrianampoinimerina. Elle avait été retardée d’une semaine pour permettre au gouverneur général Picquié, qui achevait sa tournée d’inspection dans le Sud, d’y être présent. A cette occasion, un service des voyageurs par automobile a été inauguré, « pour augmenter le nombre des fêtards », écrit malicieusement Le Progrès de Madagascar. Faits divers à Maevatanana

On ne badine pas avec l’honneur à Maevatanana. Le 24 octobre, dans l’établissement de M. Mélachimidis, M. Walwein s’est senti offensé par M. Govin qui, selon lui, aurait dit, en le visant personnellement : « Attention, Messieurs, il y a une casserole ici. » Offensé, M. Walwein demande rétractation ou réparation par les armes.

M. Govin a reconnu avoir tenu ces propos et, bien qu’ignorant la présence de son adversaire dans l’établissement, il parlait de lui. Mais il a refusé toute rétractation ou réparation. Après l’établissement d’un procès-verbal, M. Walwein s’est lui-même fait justice en apostrophant et en frappant publiquement M. Govin.

Le chef du district de Maevatanana a aussi été injurié par l’adjoint au chef de province qu’il n’avait pourtant pas provoqué. Circonstances aggravantes, cette scène s’est déroulée en présence d’indigènes fonctionnaires et de bourjanes. L’administration coloniale montre un bien curieux exemple.

Quelques jours plus tard, sans qu’aucun rapport entre les faits n’ait pu être établi, un violent orage a touché la ville, emportant quelques toits de tôle sans faire d’autres dégâts.

Côté pratique, l’heure légale à Madagascar et dépendances sera désormais fixée, à la demande d’une commission interministérielle, avec une avance de 3 heures sur l’heure française.

Le Père Victorin Malzac vient de publier, à l’Imprimerie catholique de Tananarive, l’édition définitive de son Histoire du royaume Hova depuis ses origines jusqu’à sa fin. Et, à Paris, Henry Rusillon sort Un culte dynastique avec évocation des morts chez les Sakalaves de Madagascar : le « tromba » (Librairie Alphonse Picard et fils).

Par Pierre Maury

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