C’était il y a cent ans… en février 1912
14 février 2012 - TsiahyNo Comment   //   1477 Views   //   N°: 25

Le drame de Tsaratanana, dont nous parlions comme d’un mystère le mois dernier, a malgré tout livré ses secrets. Il semblait peu vraisemblable qu’un accident survenu alors que le chef du district nettoyait son revolver ait provoqué la mort de deux personnes – M. Longuemart lui-même et sa compagne indigène. La nouvelle version de l’histoire est assez différente. Dans l’après-midi du 25 février, Longuemart s’est rendu au travail après la sieste, vers 2 heures de l’après-midi. On notera au passage qu’il travaillait même le dimanche ! Rappelé par sa maîtresse une heure plus tard, il a trouvé celle-ci furieuse et armée d’un revolver. Il a été abattu par la femme qui a ensuite retourné l’arme contre elle. Le bruit des détonations a fait accourir le lieutenant Carboneau qui a enfoncé une fenêtre pour pénétrer sur les lieux du crime. Mais Longuemart, gravement blessé, est mort le lendemain matin et n’a eu que la présence d’esprit de détruire un testament qu’il avait rédigé en faveur de sa compagne.

Il n’en reste pas moins que cet « homme loyal et dévoué », ainsi que le qualifie Carboneau dans son éloge funèbre, qui « aimait » les fonctionnaires et les administrés, avait suscité chez celle qui partageait sa vie une colère assez violente pour être meurtrière. Parce qu’il était peut-être occupé, un dimanche après-midi, à d’autres activités que son travail ? Les faits, même établis, ne fournissent pas toujours la raison profonde d’un fait divers…

Il est plus simple de comprendre les accidents de circulation. Un sergent en motocyclette a été heurté par un pousse-pousse à Isotry. Tout le monde connaîtra le nom du propriétaire du pousse (et même le numéro de son véhicule !), tandis que le vazaha est désigné par une simple initiale. En tout cas, le tireur s’est enfui tandis que le motocycliste se retrouvait immobilisé avec sa machine faussée. Isotry, lieu de tous les dangers, puisqu’un train (s’est-il enfui, lui aussi ?) y a heurté Ranja. Celle-ci, qui habitait Alasora, a trouvé la mort lors du choc.

Jusqu’à la fin du mois de septembre dernier, il y avait trois débits d’alcool à Brickaville. L’un des titulaires d’une licence, le Chinois Cham-ky, est décédé à ce moment. Selon les règles édictées au temps du gouverneur général Augagneur afin de lutter contre l’alcoolisme, les licences sont censées s’achever avec la vie de leurs propriétaires – sauf si la population européenne atteint un certain chiffre. Dans sa grande sagesse, le colonisateur sait que l’Européen est capable de boire avec modération, contrairement à l’indigène… Le colonisateur sait aussi, toujours dans sa grande sagesse, qu’il ne faut pas brusquer les choses. Et l’héritier de Cham-ky a reçu l’autorisation d’écouler son stock jusqu’à la fin de l’année. Il en a probablement profité pour acquérir quelques barriques supplémentaires de rhum, bradées à si vil prix le jour de l’an que l’ivresse collective provoqua une belle bagarre dans le village. L’affaire aurait pu, aurait dû, s’arrêter là. Mais l’héritier, constatant que le commerce était rentable et qu’il ne serait pas inutile de le poursuivre, s’en fut à Tananarive négocier une nouvelle licence. Au mépris des règlements, elle lui fut accordée. Pourquoi ? Par qui ? Toujours est-il que Brickaville, où les Chinois semblent avoir institué un privilège héréditaire, compte encore trois débits d’alcool.

Plus saines, les activités sportives ne se limitent pas à la société d’encouragement pour l’amélioration de la race des chevaux, qui organise régulièrement des courses. Et dont la presse parle d’autant plus que le cheval pourrait, à terme, remplacer le filanzana dans les déplacements des fonctionnaires. Le dernier dimanche de mars, une partie d’entraînement de « foot-ball rugby », comme on disait alors, a opposé le Bataillon de l’Emyrne au Stade Olympique. Le public a répondu présent. Les joueurs, un peu moins : beaucoup de membres de la première équipe sont à l’hôpital ou à l’infirmerie ; trop peu de ceux de la deuxième sont assidus à l’entraînement !

Côté culturel, l’Académie malgache a été réorganisée par Albert Picquié, gouverneur général de Madagascar et Dépendances. Cohérente avec elle-même, elle met en pratique le voeu émis en février, à propos des souvenirs historiques malgaches. La pierre sur laquelle montait la reine à Mahamasina lors de ses kabary au peuple est à l’abandon et des herbes la recouvrent. Elle sera désormais inscrite parmi les objets dont il faut assurer la conservation et une inscription appropriée la signalera au public.

Par #PierreMaury 

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