Caméléon Panthère : De toutes les couleurs
7 décembre 2015 - Nature commentaires   //   1997 Views   //   N°: 71

Encore une fois, Madagascar révèle sa richesse en termes de biodiversité avec la découverte de nouvelles espèces de caméléons panthères dans le nord et l’est de l’île. Une découverte qui devrait permettre de résoudre le mystère du changement de couleurs des caméléons. 

Ce n’est pas une mais quatre à onze espèces génétiquement différentes de caméléons panthères (Furcifer pardalis) que le professeur en génétique Michel Milinkovitch de l’Université de Genève et son équipe ont découvertes, en collaboration avec le Dr Achille Raselimanana, herpétologue de l’Université d’Antananarivo. Ces résultats publiés en mai dans le dernier numéro  

du Molecular Ecology Journal sont le fruit de deux ans de recherches et de deux expéditions effectuées dans le nord et l’est de la Grande-Ile. Les scientifiques ont prélevé des échantillons de sang sur 324 caméléons et trois séquences ADN de chaque individu ont été comparées avec d’autres spécimens. Cette analyse a permis de distinguer différentes populations de caméléons panthères et de confirmer la liaison entre la couleur dominante du caméléon et sa zone géographique. Une belle avancée scientifique car à la base, le but des recherches étaient de trouver des informations sur la capacité du caméléon à changer de couleurs.

Le caméléon panthère est le nom commun de ces quatre ou onze espèces – à ce stade le nombre n’est pas arrêté car la notion d’espèce est très complexe. Cet animal qui se distingue par un corps compressé latéralement avec de petites crêtes sur le dos et la tête vit dans les arbres et les buissons des forêts humides à 950 mètres d’altitude et mesure entre 35 et 55 cm. Il est bien sûr reconnu pour sa rapidité à changer de couleurs comme le précise le Pr Milinkovitch : « Les mâles peuvent changer de couleurs en une ou deux minutes pour affronter un rival ou attirer une femelle ; ils possèdent une palette de couleurs ultra-spécifiques. » Jaune, rouge, bleu, vert… Comment est-ce possible ?

Tout simplement grâce à des nano-cristaux appelés cellules iridophores sur la peau dont le reptile modifie le maillage. En phase d’excitation, il relâche les cellules en reflétant des couleurs comme le jaune et le rouge et en période plus calme, les couleurs

bleues se reflètent. « Ce phénomène est dû à des interférences optiques. Ces couleurs sont créées sans p igment » , précise le scientifique. D ’ autres couches plus profondes de cellules iridophores sont aussi à l’origine de cette transformation mais pour se protéger du soleil ou se camoufler. « Les cristaux sont plus gros, moins organisés et réfléchissent une proportion importante de longueurs d’onde infrarouges. »

Comme toutes les espèces endémiques, les caméléons panthères doivent être protégés, d’autant qu’ils sont victimes de la déforestation. « Madagascar est un hot spot de la biodiversité qu’il faut absolument protéger car nous vivons dans une période d’extinction massive. La majorité des régions tropicales est très mal connue, peu répertoriée et peu étudiée. Les récents recensements indiquent que 150 espèces de reptiles et d’amphibiens restent à identifier formellement à Madagascar. »

#AinaZoRaberanto

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