Ça ne manque pas de piment !
28 juin 2017 - Fanahy gasy commentaires   //   994 Views   //   N°: 89

« Tsy misy mangidy hoatry ny sakay, fa raha teny ierana lany ihany » peut se traduire par « Il n’y a plus piquant que le piment, mais quand on se met d’accord, on arrive tout de même à l’avaler ». Curieuse expression pour un pays qui cultive les piments parmi les plus forts du monde. Ce soir on vous met le feu ?

Drôle de dicton des Ntalao (Anciens), qui prend le piment comme référence pour appeler à la solidarité. Le message est clair : c’est tous ensemble, unis dans une même détermination, qu’on peut espérer se sortir des situations les plus désagréables. Le courage, ici en l’occurrence, étant de s’envoyer tous ensemble un de ces sakay (piments) malgaches à vous mettre le feu de Dieu dans le gosier !

A noter que le Malgache est moins friand de piment que ses voisins créoles. Il en use avec modération dans sa cuisine car il est indéniable qu’en vous « emportant la gueule », le piment brûle tout sur son passage, le goût des aliments, les saveurs et incidemment les bactéries ! Non seulement ça, mais comme pour tout abus, il fait durement payer sa présence dans les estomacs au fil des années. Grands observateurs des choses de la vie et de la table, les Anciens considéraient donc la prise de ce condiment (souvent mariné dans le vinaigre 

pour l’adoucir) comme un symbole d’abnégation et de courage en soi.

Cela n’est pas sans évoquer la fameuse « coupe amère » que dans un premier mouvement, on se refuse à boire. Ou encore le terrible vermifuge ou l’huile de foie de morue des enfants d’antan. Mais si chacun y met du sien et s’encourage à le bouffer ce satané piment, sur le coup ça va peut-être brûler mais au moins ce sera fait ! Ainsi de toute situation difficile ou dangereuse dont on peut venir à bout en s’y mettant tous ensemble, avec un même esprit de sacrifice. Le piment est donc ici le symbole du mal nécessaire, du mal qui nous rend meilleurs.

Dans le même ordre d’idée, on peut relever cet autre dicton : « Ao anatin’ny mangidy ny mamy », littéralement : « C’est dans l’amertume qu’on trouve la douceur ». Autrement dit, c’est dans l’épreuve qu’on devient plus fort, dans le malheur qu’on trouve le bonheur. « On ne connaît pas la vie sans avoir été humilié », dit un autre dicton populaire, équivalent malgache de la fameuse maxime cornélienne : « À vaincre sans péril on triomphe sans gloire ». Et de fait, comment vaincre l’ennemi sans le combattre ? A moins comme le Mahatma Gandhi d’imaginer une stratégie de l’attaque basée sur la non-violence et la résistance passive ! En attendant, pour ceux qui auraient un petit piment à avaler, souhaitons-leur bon courage. Ce n’est qu’un mauvais moment à passer.

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