Brookesia micra : On a toujours besoin d’un plus petit que soi
22 avril 2012 - Escales Escales commentaires   //   2349 Views   //   N°: 27

Le plus petit caméléon du monde vient d’être découvert sur l’îlot Nosy Hara, à l’extrême Nord de Madagascar. Il mesure 20 mm sans la queue ! Un cas extrême de « nanisme insulaire » dont ne cesse de s’émerveiller Frank Glaw, l’un des auteurs de sa découverte.

Madagascar ne cesse d’engranger les records animaliers. Après les microlémuriens que nous vous présentions le mois dernier (no comment® 26), voici les mini tout minicaméléons. Plus exactement Brookesia micra, officiellement reconnu, depuis février dernier, comme le plus petit représentant de son espèce au monde ! La preuve, il tient (sans lézard) sur une tête d’allumette.

Il est l’une des quatre nouvelles espèces de Brookesia (brookésies) qui viennent d’être découvertes sur l’îlot de Nosy Hara, à l’extrême nord de Madagascar. Endémiques de la grande île, les brookésies dépassent rarement les 100 mm, mais avec micra on est vraiment dans une autre dimension : 20 mm sans la queue pour l’adulte ! Il détrône, haut la palme, Brookesia minima qui jusque-là détenait le record, 

sans pour autant pouvoir postuler au titre de plus petit reptile connu, toujours détenu par le gecko Sphaerodactylus ariasae… 18 mm sans la queue. Mais là on chipote !

On doit sa découverte à Frank Glaw, un chercheur rattaché au Muséum d’histoire naturelle de Munich, en Allemagne. En 2007, il a mené avec son collègue Jörn Kohler une expédition qui visait à répertorier les caméléonidés encore non décrits sur Nosy Hara. Aidés de lampes torches et de projecteurs, ils ont ainsi pu capturer dans leur sommeil – au cours de la nuit, les caméléons grimpent dans les arbres pour dormir – quatre spécimens encore inconnus : Brookesia micra, Brookesia confidens, Brookesia tristis et Brookesia desperata.

Brookesia micra représente un cas extrême de « nanisme insulaire », dû comme son nom l’indique aux conditions de vie très particulières sur l’îlot Nosy Hara. Faute d’espace, l’espèce a en effet dû s’adapter à des territoires particulièrement étroits, parfois restreints à de minuscules portions de forêts, et évoluer en fonction.

« Sachant que le pays abrite près de 40 % des 193 espèces de caméléons scientifiquement reconnues dans le monde, il paraît clair que beaucoup d’autres n’attendent que d’être trouvées », estime Frank Glaw qui se félicite d’avoir pu mener à bien l’identification, la reconnaissance scientifique et l’étude de la répartition de l’animal. « C’est le meilleur moyen de garantir sa survie, explique-t-il. Son existence une fois officialisée permet de mettre en place des mesures concrètes pour protéger son habitat. »

Auteur de nombreux ouvrages sur les amphibiens et les reptiles de Madagascar, Frank Glaw est aussi, depuis 25 ans, un ardent défenseur de la biodiversité malgache qu’il voit s’amenuiser d’année en année comme une peau de chagrin. Il espère que l’intérêt des médias pour Brookesia micra s’accompagnera d’une attention redoublée à son habitat. « Contrairement à B. micra, deux des nouvelles espèces récemment découvertes occupent des zones non protégées proches des 

des villes, et c’est inquiétant pour leur survie. Les noms que nous leur avons donnés – B. tristis et B. desperata – témoignent de cette inquiétude », explique le scientifique. Sa prochaine destination ? Une forêt tropicale du nord-est, en novembre, où les surprises encore une fois devraient être au rendez-vous… 

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