Bo Houss : Le rap du beau gosse
28 décembre 2012 - Cultures Music Musiques commentaires   //   2397 Views   //   N°: 35

Dans la foulée de son Prix musiques de l’océan Indien 2011, le rappeur mahorais se lance dans une grande tournée des îles.
Entre m’godro traditionnel et groove urbain, un vent d’insolente modernité souffle depuis Mayotte… 

Loin de ce que pourrait laisser croire le titre de son premier album, Shimaore tu (Seulement shimaorais, la langue bantoue parlée à Mayotte), Bo Houss est ouvert à toutes les tendances.
Prêt à insuffler du gros son urbain à ses influences traditionnelles.
Le résultat c’est ce hip-hop « pur produit de Mayotte » qui s’est vu décerner le Prix musiques de l’océan Indien en 2011 (pour la petite histoire devant le guitariste malgache Teta et le groupe réunionnais Kom Zot). 

Pas mal pour un petit gars – Houssamouddine Kordjee de son vrai nom – dont les premiers pas dans la carrière commencent très discrètement en

2008 avec la sortie d’une mixtape très expérimentale (Masterehi) où se joue mine de rien l’avenir du rap de Mayotte.

« Chez nous, on joue surtout le m’godro, un rythme ternaire proche du salegy et du maloya réunionnais.
C’est en écoutant du rap américain et français que j’ai eu envie d’y ajouter le groove binaire ».
Un pari assez osé car Mayotte n’est pas ce qu’il y a de plus précisément urbain dans la région.
Sur son ordinateur, Bo (appelé ainsi « parce que ma maman me disait toujours que j’étais beau ») bidouille ses premiers beats tirés de groupes comme Iam (Petit Frère), mais de plus en plus élaborés à mesure qu’il se fait la main.
« Jeune, bouge ta tête, lève le poing et donnons-nous la main ».
Avec toujours ce savant mélange de percussions et de mélodies traditionnelles, inspiré d’artistes comme M’Toro Chamou et Salim Ali Amir.

De l’époque de Masterehi date sa rencontre avec Deenice (Denis Liger), le compère toujours inspiré qui produira Shimaore tu en 2011.
Une galette cette fois très aboutie avec des textes en mahorais d’une insolente et totale modernité : Tsi fanya utunduzi tsitria na lineti mudjabari, tsi sindzi irapu na lamu jileti (J’ai fait mon analyse, toujours avec mes lunettes, et j’ai tranché le rap avec une lame Gillette) « Je parle à la jeunesse, mais je ne veux chasser personne. Pour faire avancer la musique, il faut pouvoir rallier tous les styles et toutes les générations », confie le jeune Mahorais. Une façon de faire, à la fois décoiffante et rassembleuse, qui lui vaut de recevoir en mai dernier le prestigieux Coup de coeur chanson de l’Académie Charles Cros. Très peu d’artistes peuvent s’en vanter.
Cher nous, un certain Erick Manana…

Pour sa grande tournée dans les îles de l’océan Indien, Bo Houss est accompagné de cinq musiciens, dont Deenice chargé des samples/claviers.
Une formule un peu différente de ce qu’il a l’habitude de faire, car sur Shimaore tu il était pratiquement seul « avec juste des beats mixés à ma voix et très peu d’acoustique ».
Son concert du 26 octobre à l’IFM lui aura permis de découvrir la riche scène malgache – beaucoup de labels rap malgré l’indifférence des médias – et d’enregistrer en studio avec Tence Mena « un mélange d’électro et de salegy » dont on devrait bientôt entendre parler.
En attendant de s’attaquer à l’écriture de son prochain album prévu pour 2013. Car Bo Houss ne va pas s’arrêter en si bon chemin 

COMMENTAIRES
Identifiez-vous ou inscrivez-vous pour commenter.
Fermer