Bien le bonjour de l’hiver !
1 juillet 2013 - FombaNo Comment   //   1080 Views   //   N°: 42

Les médecins font de la pub pour la circoncision « à l’américaine » qui permet au garçon de « porter pantalon dans l’immédiat ». Exit le malabary significatif, l’espèce de tunique à carreaux qui évite le slip ou la culotte. Il ne s’en vend plus que dans les lointaines campagnes…

En juillet, plein de jouets, mais aucune poupée. La froidure de juillet en fait le mois des garçons. Mois hygiénique par excellence, il empêche la prolifération des microbes et virus divers et, surtout, favorise la cicatrisation des blessures. Dont acte pris sur les marchés-trottoirs de Tana. Ils sont envahis par les autos ou les avions et hélicos miniatures, les ballons ou autres. Juillet est le mois de la circoncision, une des deux fêtes coutumières majeures malgaches, la seconde étant le retournement des morts.

La première est une opération chirurgicale qui intègre le bambin dans le monde de son sexe, le monde des hommes. Elle s’accompagne de pleurs qui, en juillet, cesseront bien vite. Dans un pays où le sens de la grande famille et de la communauté fait partie intégrante de la culture sociale, la circoncision et le retournement des morts soudent la famille et, autour de chaque famille, le village et le quartier communient dans la tradition de la solidarité. La circoncision n’est pas la fête d’un seul foyer.

En juillet, le vacarme et les décibels des sonos informent les alentours, voire les passants tardifs ou matinaux, qu’il y a fête en la demeure. Tout le monde entre sans complexe et, très vite, chacun discute le bout du gras avec son voisin. Le café, voire un vrai repas (riz et viande), est servi. En échange, la petite enveloppe de rigueur à titre de participation aux frais. Les non-Malgaches doivent connaître la formule de circonstance. « Arahab’ ririnin’ e ! » (Bien le bonjour de l’hiver !). On leur répondra « Sam’ vit’e ! » (Nous y avons tous passé !) Toute fête de circoncision appartient ainsi à la communauté et un grand-père, ou celui qui en tient lieu, assume le rôle de courroie de transmission des valeurs.

Pas de circoncision sans un aïeul. La tradition lui réserve le devoir d’avaler le…prépuce fraîchement enlevé. Rien ne doit se perdre, et par le rite expédié avec une banane, le bébé devenu garçon rejoint ainsi toutes les générations de garçons de sa grande famille qui l’ont conduit vers le jour. C’est pourquoi, juillet est le mois des petits bonshommes qui deviendront grands.

Les jeunes rivalisent pour assurer le transport du rano mahery, l’eau de la puissance ou l’eau qui donne la force ou l’eau des forts. Elle servira à laver la plaie. On va la chercher dans un joyeux tohu-bohu où les faiblards n’ont pas leur place, on se dispute pour la porter et garder la bouteille sur la tête. Mais les valeurs se perdent. Les médecins font de la pub pour la circoncision « à l’américaine », sans couteau, sans lame de rasoir (!), sans douleur et qui permet au garçon de « porter pantalon dans l’immédiat ». Exit le malabary significatif, l’espèce de tunique à carreaux qui évite le slip ou la culotte.

Il ne s’en vend plus que dans les lointaines campagnes. Plus besoin de décibels ou d’une opération bien avant les aurores. Cela fait partie des rites maisons de l’anesthésie. On empêche le petit bonhomme de dormir, on le « sacrifie » alors qu’il est encore plus qu’ensommeillé. Il est à peine réveillé (par la douleur) que tout est déjà consommé. Il n’a même pas eu le temps d’avoir peur. Ce sont les jouets qui l’éblouissent.

Par Mamy Nohatrarivo

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