Berivotra
21 mai 2012 - EscalesNo Comment   //   3717 Views   //   N°: 28

Berivotra, village tranquille du nord-est, — chaque année l’objet d’une activité scientifique intense. Et pour cause, son sous-sol recèle les plus beaux fossiles de dinosaures de l’hémisphère Sud, et peut-être la clé du mystère de leur extinction. Digne d’un film à la Spielberg !

Depuis 1993, le village de Berivotra, à une centaine de kilomètres de Mahajanga, mobilise l’attention des paléontologues du monde entier. C’est là que les scientifiques du Mahajanga Basin Project (MBP) ont découvert dans les couches du Crétacé supérieur (70 à 65 millions d’années) les plus beaux fossiles de dinosaures, et souvent les mieux conservés, de tout l’hémisphère Sud.

Fruit d’une collaboration américano-malgache, le MBP regroupe d’éminents chercheurs des Universités de Stony Brook et d’Antananarivo, sous la coordination du Dr Armand Rasoamiaramanana, paléontologue et biostratigraphe de renom. Chaque année, une trentaine de scientifiques est envoyée en mission au centre de recherches paléontologique de Berivotra, d’où ils procèdent pendant trois jours à des fouilles systématiques de terrain : 35 km de gisements en moyenne sont étudiés par jour.

« Berivotra est une zone fossilifère d’un intérêt considérable, explique le Dr Rasoamiaramanana. En plus des dinosaures, on a pu mettre en évidence une cinquantaine d’espèces de poissons, d’oiseaux, de crocodiles ou de reptiles mammaliens remontant à plus de 65 millions d’années, juste avant la disparition des dinosaures ». Le mot est lâché !

L’étude du sous-sol de Berivotra pourrait bien en effet apporter un jour la réponse au mystère de la disparition des « lézards terribles » (traduction de dinosaures) à la fin du Crétacé. Victimes d’une météorite géante tombée sur la Terre, d’un brusque changement climatique ? La communauté scientifique n’en est encore qu’aux hypothèses, mais les fossiles de Berivotra ont ceci d’inestimable qu’ils sont bel et bien contemporains de la « grande catastrophe ».

Il y a 65 millions d’années, des dinosaures évoluaient donc dans les plaines de Madagascar. Certains comme Rapetosaurus krausei, découvert en 1995, mesuraient dans les 15 mètres de long : un placide herbivore au long cou qui se contentait de brouter les arbres.

D’autres comme Masiakasaurus knopferi (littéralement « lézard vicieux de Knopfer »), exhumé en 2001, ne dépassaient pas la taille d’un chien, mais s’avéraient de redoutables carnivores. Entre les deux, l’incroyable Majungasaurus (Majungatholus) dont le squelette reconstitué en 2004 révèle un bipède de 9 mètres de long aux moeurs plus qu’étranges : il se nourrissait des carcasses de sa propre espèce, seul exemple de dinosaure cannibale connu jusqu’à présent dans le monde. Pas Jurassic Park, mais presque !

« Sur le terrain, le moindre fossile est photographié et numéroté. Les plus volumineux sont récupérés, les plus fragiles sont plâtrés, afin de les reconstituer en laboratoire », explique le Dr Rasoamiaramanana. Chaque année amène son lot de surprises. Depuis deux ans, c’est une dent fossilisée de la taille d’un pouce, proche en apparence du mammifère et du dinosaure, qui mobilise l’attention des scientifiques…

En dehors de la recherche, les équipes animent également le Madagascar Ankizy Fund, une organisation humanitaire qui a pu installer un centre de soins, une école primaire et un collège pour les enfants de Berivotra et des environs. Quant au mystère de la disparition, rien n’est encore tranché, mais de troublants indices sont remontés du terrain. « La couche de terre très fine contient de l’argile verte, noire et grise, signe qu’il y a bien eu changement climatique », explique le Dr Rasoamiaramanana.

Pour autant, en observant les molécules, les scientifiques du MBP ont également relevé une forte présence d’iridium radioactif que l’on trouve essentiellement dans les… météorites. Les dinosaures auraient-ils inhalé ces dangereuses émanations ? « Ils avaient beau mesurer jusqu’à 30 mètres, peut-être n’ont-ils pas été assez robustes pour supporter toute cette radioactivité.

Comme chez l’homme, la radioactivité tue à petit feu et parfois il faut des générations », relève le Dr Rasoamiaramanana. Quoi qu’il en soit, Berivotra est loin d’avoir livré tous ses secrets. Jusqu’à présent, les fouilles n’excèdent pas un rayon de 5 km, autant dire que le plus gros reste à venir.

Joro Andrianasolo

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