Baobab : Arbre à palabre, arbre à bisous
10 mars 2015 - Nature commentaires   //   2958 Views   //   N°: 62

Maki, ravinala ou baobab ? À qui décerner le titre d’emblème de Madagascar ? Le choix est difficile car tous trois sont les fleurons de notre exceptionnelle biodiversité. Encore que le baobab, l’« arbre à palabre » comme on dit en Afrique, de par sa taille en impose quelque peu… 

Dans certaines régions de l’île, le baobab (genre Adansonia) est un véritable totem qu’il est sacrilège de couper, tandis que de nombreux rites traditionnels s’accomplissent à son pied. Bref, il est un peu l’enfant du pays, même s’il pousse également en Afrique continentale et même en Australie (une espèce connue, Adansonia gibbosa). Mais il faut savoir que sur les neuf espèces recensées dans le monde, six sont endémiques à la Grande Ile, plus particulièrement à la partie occidentale. Celui qui trône au bord de la mer de Mahajanga est de l’espèce Adansonia digitata, appelé aussi le baobab africain car il a longtemps été l’unique représentant du continent noir jusqu’à la découverte d’Adansonia kilina en 2012.

L’Adansonia perrieri est quant à lui le plus menacé de disparition à Madagascar.
Arbres parfois millénaires (jusqu’à 3 000 ans, dit-on), les baobabs présentent un aspect massif et très original avec leur tronc poli. Leurs tiges et leurs feuilles sont paradoxalement petites donnant l’aspect d’un arbre à l’envers qui prendrait racines dans le ciel. Leur tronc constitue une importante réserve d’eau qui leur permet de supporter les conditions climatiques les plus sévères, une forme d’adaptation qui a valu au  baobab     le  nom    d’  « arbre bouteille ». Les gros fruits (40 cm de long) de couleur marron peuvent contenir des dizaines de graines et sont parfaitement comestibles. Leur goût acidulé plaît aussi bien aux humains qu’aux singes, d’où leur appellation de « pain de singe ».

Le baobab rend ainsi de grands services aux Hommes. Au sud de l’île, il est même appelé reniala ou « mère de la forêt ». D’après des enquêtes effectuées par les botanistes de Missouri Botanical Garden, on a pu identifier quantité d’utilisations locales. Ainsi, les feuilles, plantules et racines se consomment comme légumes ; la pulpe aigre-douce du fruit, riche en vitamine C et B1, sert à préparer des boissons rafraîchissantes ; les graines noires fournissent une huile comestible et servent à faire du vernis et des produits cosmétiques. L’écorce est utilisée médicalement contre la fièvre, les feuilles contre la colique, la gomme de l’écorce désinfecte les plaies. L’écorce sert également à la fabrication de chapeaux, sacs et autres produits de vannerie.

Aussi connus des amoureux que le Pont des Arts à Paris, les baobabs de Morondava reçoivent régulièrement la visite des couples qui font voeu de fidélité à leur pied. Mais pas question de mettre des cadenas aux baobabs et encore moins de graver des coeurs sur les écorces ! Les visiteurs sont priés de laisser le site intact à leur départ. « N’emportez que de bons souvenirs et ne laissez que les traces de vos pas », comme on dit quand on pratique le tourisme responsable. De toute manière, il y a toujours des photographes ambulants pour immortaliser le bisou sous les baobabs.  

#HansRajaonera (Missouri Botanical Garden)
© Photos : Marc Gansuana 

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