Bambs : Retour sans concession
2 mars 2015 - Cultures Music Musiques commentaires   //   2497 Views   //   N°: 62

Elle est l’une des pionnière du rap malgache féminin, même si depuis 2008 sa carrière avait plutôt pris le chemin des rédactions télé et radio. Une maturation plus qu’un arrêt. Une parenthèse nécessaire. De quoi lui permettre de revenir aujourd’hui avec des mots neufs et une vision affermie. 

Après avoir mis sa carrière de chanteuse entre parenthèses pour se consacrer au journalisme, Bambs – Tantely Rasoanaivo de son vrai nom – met les choses au clair : elle a encore beaucoup de choses à dire, humainement artistiquement parlant ! Et pour ceux qui la croyaient perdue à la cause des Sista, voici un titre pondu tout chaud de cette année qu’elle signe, et c’est la première fois de sa carrière, du seul nom de Bambs. Il s’agit d’Andriambavilanitra, un avant-goût de son prochain album en préparation. Une hymne à la femme malgache, à toutes les femmes en fait – celles qui en bavent de préférence – dans un monde où la dure loi des mecs se fait toujours sentir. Bambs serait-elle une de ces terroristes Femen ? « J’ai envie de m’exprimer sans aucune concession. Dans les formations que j’ai traversées, on n’exprimait pas nos idées à 100 % car il fallait respecter l’esprit de groupe. Maintenant que je suis seule et que j’ai acquis suffisamment de maturité, je prends le risque de tout dire. » Ce qui n’exclut pas non plus une certaine tendresse (mais c’est ça aussi la maturité) , chose qui apparaissait moins à l’époque de Zazavavindrap, groupe « militant » 100% femmes du début des années 2000 qui visait plus à « décoincer l’étroitesse d’esprit ambiante par rapport aux femmes dans le rap ».

Concernant cette longue vacance de près de six ans qu’elle a consacrée à faire de la télé et de la radio (aujourd’hui, aux commandes des émissions Karibo et Assos sur la RLI 106FM), elle reconnaît que ce fut une expérience profitable, même si la scène lui a souvent manqué. « L’envie de fonctionner en groupe était toujours là, mais on était pris chacun par son boulot ou ses études. Ca faisait traîner les choses, et c’est pourquoi je privilégie aujourd’hui l’expérience en solo. » Du journalisme, elle reconnaît avoir hérité dans ses compositions d’un vocabulaire plus élaboré qu’avant : « Parler simple, parler vrai pour être compris de tous, sans recourir aux artifices de l’anglais ou de l’argot des ghettos. » Et dans un même élan : « Je ne prétends pas faire un rap mature, cela sous-entendrait que ceux qui ne suivent pas ma démarche ne le sont pas. Je veux dire, c’est juste mon évolution. » Et de fait, que de chemin parcouru depuis Rapadango, son premier groupe en 1999 aux côtés de Xtah et Tax : quasiment les débuts du rap malgache ! Viennent ensuite son engagement avec les « copines » Bugg et Nah au sein du collectif Zazavavindrap (2003), son duo tubesque avec Farah sur Iray fitia (2006) et ses interventions toujours pertinentes aux côtés des plus grand nom du hip hop local et régional (notamment avec la Réunionnaise Queen Favie). D’influence, Bambs n’en cite qu’une : « Rah’Digga de Flipmode Squad, une femme qui a su imposer sa griffe dans une formation totalement masculine ».

Quant à l’album à venir, Bambs assure qu’on sentira la journaliste à travers les mots : « Je veux témoigner de ce que je vois. Cette crise sans fin que nous endurons . Tout ce qui me heurte comme femme et citoyenne. Dénoncer ? Oui, mais pas de la critique bête et méchante. Conseiller ? Non, ce serait me la péter. Plutôt partager mon vécu ». Côté collaborateurs, elle est entourée de pointures du calibre de Safidy (Isa Roa Telo), Dina, Ony et Felana, sans oublier son vieux camarade de l’ère Rapadango, Mr Tongue Nat en personne !

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