Ayako Sono
14 novembre 2014 - Portfolio commentaires   //   2284 Views   //   N°: 58

Une Japonaise à Tana

« Le bébé du temps arrêté » est le titre du roman sur la pauvreté à Madagascar signé par l’écrivaine japonaise Ayako Sono et illustré par le dessinateur Teikichi Miyoshi. Paru en 1983, il fera l’objet d’une exposition commémorative  à l’IFM d’Analakely du 10 novembre au 10 décembre.

Née à Tokyo en 1931, Ayako Sono est l’une des figures de proue de la littérature japonaise féminine. Au même titre que Sawako Ariyoshi, sa contemporaine, avec qui elle a ouvert ce que l’on a appelé l’« ère des bas bleus » (Saijo-Jidai), autrement dit l’entrée en scène des premières femmes de lettres nipponnes ! Il se trouve qu’Ayako Sono séjourna plusieurs mois à Madagascar au début des années quatre-vingt et qu’elle en ramena en 1983 un roman qui fut un best-seller au Japon. Son titre : Tokino-no-Tomata Akanbu, littéralement Le bébé du temps arrêté.

L’histoire se déroule se déroule à la maternité Ave Maria d’Antsirabe, dirigée par des franciscaines, et a pour héroïne Akane Irie, une missionnaire japonaise. Il n’est pas inutile de noter qu’Ayako Sono, très marquée par le catholicisme, est présidente de l’ONG JOMAS (Japan Overseas Missionaries Assistance Society) dont l’objet est précisément de soutenir les missionnaires japonais à travers le monde. Sans doute y a-t-elle puisé l’inspiration de ce livre qui fut réédité trois fois au Japon et qui jette une lumière assez crue sur le Madagascar « socialiste » des années quatre-vingt, sur fond de pauvreté et de malnutrition. Qu’y voit-on ? Des mères et des nouveaux nés qui meurent, faute d’argent pour pouvoir les sauver, certains parents choisissant même de se débarrasser du bébé pour éviter de s’endetter encore plus. Des réalités déjà anciennes mais toujours valables à ce jour.

« Le livre est basé sur des faits réels et tous les endroits cités existent bien. Les personnages sont à peine fictifs, l’auteure a juste changé leur nom. A titre d’exemple, le vrai nom d’Akané Irie est Yoshiko Endo, l’infirmière missionnaire qui a reçu et pris en charge Ayako Sono lors de son premier séjour à la maternité Ave Maria », commente Ryuhei Hosoya, Ambassadeur du Japon à Antananarivo, lors d’une entrevue à son domicile à Ambohijatovo. L’Ambassade du Japon suit d’un oeil particulièrement attentif l’exposition qui sera consacrée à Ayako Sono à l’IFM (Institut français de Madagascar) d’Analakely du 10 novembre au 10 décembre. Prise de passion pour Madagascar, Ayako Sono  y reviendra plusieurs fois pour y mener des œuvres de bienfaisance. Chaque année, avec une équipe médicale de l’université de Showa, elle organise notamment des opérations des fentes labiales et palatines

« Ayako Sono est très appréciée pour ses analyses éclairées sur les questions sociales et morales au Japon et son engagement philanthropique », souligne Ryuhei Hosoya. Présidente de  la prestigieuse Nippon Foundation de 1994 à 2005, elle a tout naturellement mis l’accent sur  l’aide aux pays sous-développés durant son mandat. Un engagement de tous les instants qui lui a valu de recevoir de nombreux prix, dont l’un émanant du Vatican. Son œuvre, pas moins de 65 romans et de nombreuses nouvelles et essais, est traduite en plusieurs langue, mais Le bébé du temps arrêté n’est lui disponible qu’en japonais. Une version malgache devrait cependant voir le jour à l’initiative de l’Ambassade du Japon.

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