Au pays de la longue marche des origines
3 juillet 2015 - FombaNo Comment   //   1949 Views   //   N°: 66

Juillet, le mois-culte des enfants du voyage. Les Malgaches sont incités à voyager et connaître leur pays. Politique économique oblige. Le tourisme local est considéré comme une composante majeure du développement du secteur. Mais, elle enfonce une porte ouverte. 

Par atavisme, les Malgaches sont des enfants du voyage. Lors des périodes fastes de l’histoire, l’on se souvient de la grande cohue des vacanciers qui prennent le train ou le taxi-brousse pour les mers d’Antananarivo. L’océan Indien et le canal de Mozambique sur lesquelles donnent les villes mémorielles des Tananariviens, Tamatave et Mahajanga. Les Hautes Terres en rêvent comme si elles avaient conservé dans les tréfonds de leur âme la mémoire d’une mer des origines. D’un avion, ce qui frappe le nouveau venu sera le spectacle époustouflant d’un immense pays à myriades de sentiers et petits chemins. Ils rappellent que les ancêtres des lieux ont débarqué il y a des siècles, vague après vague, et ont commencé à marcher. Au lieu de chevaucher les vagues, ils vont à pied.
 

L’origine des Malgaches, c’est tout un roman d’aventuriers. Ils ont laissé leurs bateaux sur les plages pour rentrer toujours au plus profond d’un continent inconnu. Alors les petits chemins, ce sont leurs traces, suivies par celles des bourjanes (bourgeois) qui transportaient sur leur dos toutes les marchandises importées de l’étranger, jusqu’aux… pianos. Les ancêtres n’avaient pas la culture de la roue. Ils aiment la marche car, rien ne les arrête sinon la mer. « La mer, c’est ma digue », déclarait le roi Andrianampoinimerina. Au-delà, il n’y a rien. C’est pour cela que Nosy Be, l’île restée royale dans la République – dont la reine encore et toujours sort en palanquin – ou Sainte-Marie, l’île des pirates, sont des îles à part dont le cordon ombilical avec ce que leurs habitants dénomment La Grande Terre a été coupé par la mer.

Diego-Suarez représente l’image d’une ville et d’une région que la distance et l’enclavement ont amputé de l’île-continent. Il émane de ces contrées un impalpable air venu d’ailleurs dans le parler, le comportement ou la spiritualité. Car la mer a arrêté les marcheurs. Qu’est-ce qui les ont poussés si loin ? L’obsession des terres nouvelles, le moteur des grandes découvertes. Ces marins ont fait d’une île leur bateau, terre immobile et comme pétrifiée par le regard d’une Gorgone au milieu d’un océan étale. L’immensité de l’îlecontinent insuffle comme la mer, l’idée de l’infini, le sens de la spiritualité et le goût pour la diversité. Sans doute fatigués de la mer, les ancêtres des Malgaches ont trouvé en Madagascar, un exutoire à leur soif d’incommensurable et un antidote au poison de la nostalgie. Alors, ils marchent au souvenir de la grande pérégrination des origines, s’implantent, épousent et font de beaux enfants.
 

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