Andry Rasoarahona (PSI) « Objectif zéro contamination »
1 décembre 2014 - Santé commentaires   //   2560 Views   //   N°: 59

Branche de PSI (Population Services International) créée en 1998, PSI madagascar est une ONG humanitaire travaillant dans le domaine de la santé, dont la lutte contre le ViHsida. Andry Rasoarahona, coordinateur marketing et communication de l’organisation, fait le point sur la situation actuelle de la pandémie à madagascar.

Où en est le pays aujourd’hui avec le sida ?
Le taux de prévalence à Madagascar stagne. Le chiffre offiiel de 0,4 % de la population vivant avec le VIH, tel que publié par l’ONUSIDA (organisation mondiale habilité à sortir des chiffres là-dessus) en 2011, n’a pas bougé jusqu’à maintenant. Pour nous, les organisations engagées dans la lutte antisida, c’est un vrai motif de firté : nous avons tenu le coup et redoublé d’efforts malgré la crise qui a gravement frappé le pays, détérioré les condition de vie et de santé des gens, et surtout gelé une grande partie des fiancements extérieurs.

Madagascar reste un des pays les moins touchés de la région Afrique…
En Afrique du Sud, notre voisin, près de six millions de personnes sur 50 millions d’habitants vivent avec le VIH. Soit 11 % de la population. C’est le taux le plus élevé du monde bien que le nombre de morts dus à la maladie soit là-bas en forte baisse. Avec son taux actuel de séropositivité de 0,4%, Madagascar peut donc s’estimer heureux de figurer

 

parmi les pays les moins touchés par le VIH, non seulement en Afrique mais dans le monde entier. Le nombre de Malgaches vivant avec ce virus dans le sang est estimé à 42 370 en 2012.

Cela signifie-t-il que nous sommes en train de remporter la bataille ?
Non, loin de là. Nous n’avons même pas encore pris le dessus dans cette bataille, elle est loin d’être fiie. La lutte contre le sida est une guerre perpétuelle, elle ne se terminera que quand le monde entier aura éradiqué la pandémie et que chaque pays aura un taux de séropositivité zéro. Quand nous descendons sur le terrain pour sensibiliser la population et faire nos activités de prévention, nous nous rendons compte que la lutte est encore très dure, et même devenue plus diffiile depuis la crise de 2009. Ce qui signifi que nous ne devons pas relâcher la pression sur nos deux actions, la prévention et le traitement. Nous devons continuer de sensibiliser, donner des conseils, dépister, distribuer des préservatifs aux groupes cibles.

Qui sont-ils ?
Les travailleuses du sexe, les homosexuels (MSM ou Men have a Sex with Men) et les jeunes de moins de 24 ans. Depuis 2009, il y a un gap de communication donnant cette fausse idée que le danger serait passé, alors que le flau est bien là. Il y a aussi toute une frange de la population – une génération entière – qui ignore encore ce qu’est le sida à cause de ce manque de communication. Dans la brousse, les villageois ne sont pas encore convaincus de l’existence réelle de cette maladie et refusent d’utiliser les méthodes de prévention que nous leur conseillons.

N’est-ce pas contradictoire avec la stabilité de prévalence ?
Heureusement que quelques bailleurs – anonymes ou non – travaillant dans l’humanitaire ont bien voulu continuer à nous fiancer sans faire de tapage, alors que tous les robinets étaient fermés partout. Cela nous a permis de continuer nos actions – et même de les renforcer – auprès de nos populations cibles. L’Etat, par le biais du ministère de la Santé, nous a toujours soutenus. Et le ministère de l’Education nationale n’a pas cessé d’enseigner dans les écoles primaires et secondaires le programme sur le sida. Il faut souligner que nous ne sommes pas là pour nous substituer à l’Etat, mais pour collaborer avec lui dans cette lutte collective. Avec toutes les organisations opérant dans le domaine – le Comité national de lutte contre le sida (CNLS) entre autres –, nous nous sommes fiés comme objectif «zéro nouveau cas de contamination» dans les dix prochaines années.

LES CHIFFRES
• 407 700 préservatifs distribués gratuitement du 1 er janvier au 15 novembre 2014
• 6,6 millions de préservatifs vendus depuis 2014
• 1987 : Premier cas de sida diagnostiqué en à Anivorano
• 42 370 : Nombre de personnes vivant avec le VIH
• 21 260 : Séropositifs suivant un traitement antirétroviral
• 5 % : Prévalence chez les homosexuels masculins
• 7,1 % : Prévalence chez les consommateurs de drogues injectables
• Evolution de la prévalence dans la population adulte :
• 0,02% en 1989
• 0,13 % en 2007
• 0,4 % en 2012

Propos recueillis par Solofo Ranaivo

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