Andriantsimitoviaminandriandrazaka
5 octobre 2015 - Cultures FombaNo Comment   //   2169 Views   //   N°: 69

Vive la rentrée ! Cela commence par l’inscription au registre, puis on perd son nom et il ne reste plus que le prénom, traîné toute la vie pour essuyer les ignominies d’un bizutage ou les honneurs d’une success story… 

Un nom propre à 34 lettres ? Voilà LA question qui illustre bien le sadisme inhérent au métier de professeur. Il n’y a qu’à Madagascar que des étymologistes et autres généalogistes pourraient trouver leur bonheur, mais à condition d’avoir blanchi des décennies durant à déchiffrer écrits et parchemins découverts sous les poussières et les cendres de l’histoire. Alors notre nom propre, s’il vous plaît ? Andriantsimitoviaminandriandrazaka Ouf ! 34 lettres pour une seule et unique personne, c’est une des spécificités de la Grande île.
On penserait que rien que pour cette raison, il devrait être connu ou du moins bon à savoir. Grave erreur. Cela n’évoque rien pour le Malgache lambda, encore moins pour l’étranger ni même et surtout pour un collégien censé le connaître, comme les petits Français et assimilés furent astreints à mémoriser la liste des fleuves, des départements et surtout, des rois de France. Louis XV est bien le fils de Louis XIV n’est-ce-pas jeune homme ?  

Et la réponse fuse. Comment qu’il ne le serait pas M’sieur ? répond Titi l’ingénu. Bien sûr, après 14, c’est bien 15. Et bien entendu, Louis XVIII serait bien le fils de Louis XVII ? Certainement, M’sieur ! plonge un autre petit malheureux de potache, fort de l’exemple. Gros soupir du prof qui préfère changer de registre. Et au moins, vous connaissez Andriatsimitoviaminandriandrazaka ? Gros silence.

C’est peut-être le nom propre le plus long de Madagascar, mais il n’est pas le seul à présenter une longueur digne de figurer dans le Guinness des records et autre répertoire de curiosités. Notre 34 lettres, c’est un roi d’Ambohimanga, la colline sainte, et dans son arbre généalogique figure le nom propre le plus connu de Madagascar, malgré ses 20 lettres. Andrianampoinimerina, le roi mythique qu’il faut a-b-s-o-l-u-m-e-n-t connaître et dont il faut savoir citer benoitement et à bon escient, quelques-unes de ses supposées phrases favorites.

Il faut rendre hommage à l’abnégation de ceux qui se sont farci, par kilomètre, tous ces noms de rois, de reines, de roitelets, de chefs de guerre etcetera etcetera qui, sans eux, n’existeraient plus, disparus avec le temps. Qui se rappelle des Andriatsimitoviaminandriandehibe (31 lettres) ou de la reine Ranavalontsimitoviaminandriana (30 lettres) ? Voilà la principale utilité et raison d’être des registres… scolaires. L’école est la mémoire des hommes qui passent, car l’école fait disparaître les noms au profit des prénoms ou des sobriquets. Derrière le petit Gaétan, se cache un cardinal de Madagascar. Derrière le grand Charlot, un président de la République française. Derrière le petit John, un président des Etats-Unis. Voilà pourquoi il faut faire un nom de son prénom. Cela commence à l’école. 

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