Andralanitra : Un monde d’ordures
7 décembre 2017 - Grand Angle commentaires   //   3236 Views   //   N°: 95

Ralalitra ou la Ville des mouches est le surnom de la plus grande et seule décharge de Madagascar, communément appelée Andralanitraet située à une dizaine de kilomètres à l’est de la capitale. Depuis sa création en 1966, elle a accumulé plus de 2 millions de m³ de déchets. Des « mpikritaka » ou chiffonniers y circulent jour et nuit pour essayer de survivre…

Les mpikiritaka (chiffonniers) attendent patiemment devant le camion de la SAMVA.

Les ordures déversées, les mpikiritaka sont prêts à fouiller et trier.

Ny en train de découper un morceau de jean avec une lame.

A 9 h 30, sous un soleil de plomb, la décharge dégage une odeur nauséabonde. L’air est irrespirable. Parmi les mouches, les moutons et les chiens, quelques mpikritaka (chiffonniers) sont déjà en plein travail de triage. Certains sont arrivés à l’aube. Munis de bâton ou de petit crochet, des hommes, des femmes et même des enfants fouillent les ordures pour récupérer toutes sortes d’objets à revendre. C’est le cas de Ny, une veuve de 47 ans, venue récupérer les fermetures-Éclair des jeans. « Je suis dans la décharge depuis 6 heures ce matin. Je viens ici tous les jours. Je cherche surtout les pantalons que je découpe avec la lame au niveau des fermetures. Ensuite, je les brûle pour ne récupérer que le morceau de cuivre. Lorsque j’en amasse une grande quantité, je les revends chaque fin de semaine. Je peux en tirer entre 10 000 et 15 000 Ar. »

Chaque chiffonnier possède son secteur d’activité. Michel, 53 ans, fouille la pile d’immondices depuis une trentaine d’années. Dans ses gony (sacs en jute), il entasse tout ce qui est charbon, morceaux de bois ou de fer, et os.

Un morceau de jean qui sera brûlé pour récupérer la fermeture-Eclair en cuivre.

En plein milieu des déchets, François, tout sourire, a récupéré du charbon et une radio qu’il va réparer.

Chaque chiffonnier possède son secteur d’activité. Michel, 53 ans, fouille la pile d’immondices depuis une trentaine d’années. Dans ses gony (sacs en jute), il entasse tout ce qui est charbon, morceaux de bois ou de fer, et os. Ce travail lui permet de gagner de faire manger sa femme, une couturière, et ses quatre enfants. Un peu plus loin, assis au milieu des ordures et des mouches, Samy s’est construit un petit abri de fortune pour la journée. Comme il ne travaille pas dans les champs, il fait un tour dans la décharge pour pouvoir récupérer quelques objets, comme ces chaussures qu’il est en train de réparer.

Dans cette décharge de 18 hectares, 3 000 chiffonniers circulent jour et nuit. Certains viennent des villes voisines, d’autres sont des habitants du village d’Akamasoa créé par le Père Pedro. En ces périodes de pluie, les ordures commencent à être compactes, ce qui rend les fouilles difficiles. Mais les chiffonniers ne désespèrent pas, car les recherches sont parfois fructueuses. Les plus chanceux peuvent extirper de véritables trésors comme des bijoux en or ou en argent, ce qui leur permet de les revendre à plus 100 000 Ar s’ils sont de bonne qualité.

Les ordures d’Andralanitra peuvent atteindre 30 mètres de hauteur.

En attendant les prochains camions de la SAMVA, les femmes se font une petite beauté.

François, 61 ans, en costard bleu un rien élimé, nous raconte tout sourire qu’il lui est déjà arrivé de trouver des dollars ou des billets étrangers ; il suffit d’avoir la foi. En nous enfonçant de plus en plus dans les détritus, nous remarquons des dizaines de gony de bouteilles en plastique. Celui qui nous sert de guide nous explique que ce sont des commandes de Chinois qui les transforment en jouets ou en sandales.

Mais dans cette montagne d’ordures pouvant atteindre 30 mètres de hauteurs, les découvertes sont parfois macabres. Il arrive que les chiffonniers tombent sur des cadavres de nouveau-nés. Une situation qui en dit long sur la pauvreté du pays. Survivre dans cette décharge relève d’un véritable parcours du combattant. Les chiffonniers sont victimes de graves problèmes de santé, notamment les maladies respiratoires dues à la fumée toxique que dégagent les ordures. Les fumées sont tellement épaisses qu’il est impossible d’y voir à quelques mètres. Un des responsables du site nous explique qu’officiellement on ne brûle plus les déchets car les habitants des villages voisins se plaignent eux-aussi de toux et de crises d’asthme.

Les enfants sont, comme bien souvent, les premières victimes.

C’est vers midi que les camions de la Samva (Service autonome de maintenance de la ville d’Antananarivo) arrivent dans la décharge pour y déverser près de 1 400 m³ de déchets ménagers soit 1 000 tonnes d’ordures diverses. Le responsable nous explique que normalement, le site aurait dû être fermé en 2012 pour cause de saturation. Mais comme Andralanitra est le seul dépotoir de la capitale, il restera fonctionnel jusqu’en 2020. Il semblerait que des projets de recyclage et de construction d’un nouveau site soient en cours, espérant que ces initiatives ne finissent pas à…la poubelle.

Photo : #Parany

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