Analavelona:
14 décembre 2013 - Découvertes EscalesNo Comment   //   3147 Views   //   N°: 47

Au cœur de la forêt sacrée

Refuge des âmes mortes pour les Bara, la forêt sacrée d’Analavelona est en voir d’intégrer la liste des nouvelles aires protégées (NAP). À son crédit une faune et une flore endémiques d’une exceptionnelle diversité et une vie rurale toujours rythmée par l’anjombona, la conque annonçant veillées funèbres ou assemblées villageoises.

Tchac ! Tchac ! Aussi inattendu que cela puisse paraître dans une aire protégée, ces coups de hache à la fois cadencés et monotones ne devraient pas surprendre le visiteur. Car la coupe est bel et bien permise dans la forêt sacrée d’Analavelona qui s’étend sur environ 4 000 ha, dans la contrée Bara, au nord-ouest de Mahaboboka. Enfin, permise uniquement si le bois sert à fabriquer un cercueil. Son nom de « forêt vivante » (sens littéral d’analavelona) est en rapport direct avec le fait qu’elle fait office de cimetière. Comme dans bien d’autres hameaux, villages ou communes du Sud, les morts sont enterrés dans la forêt, mais leur esprit est bien vivant, gardiens tutélaires des lieux.

Ici comme ailleurs, ce patrimoine naturel est menacé par les coupes illicites (hatsaka) et les feux sauvages. Pour préserver Analavelona, Missouri Botanical Garden (MBG), en collaboration avec la population locale, a donc demandé l’intégration du site dans le Système des nouvelles aires protégées de Madagascar. Avec l’espoir que l’esprit des morts continue à veiller à la tranquillité du lieu, comme les Bara en sont convaincus. Actuellement, les grands arbres comme le palissandre (Dalbergia sp) y trônent sans subir le misérable sort de leurs congénères du nord de l’île. Analavelona est une sorte d’oasis, seule forêt pluviale avec Andasibe, dans un milieu hostile sec et chaud. C’est là que les Bara viennent chercher le bois des séculaires hazon-dolo (bois de cercueil) dont le transport vers le village est soumis à différentes cérémonies qui peuvent durer trois ou quatre jours, car il faut préparer les esprits des ancêtres à recevoir le défunt.
Les esprits des ancêtres sont constamment présents dans la vie sociale locale. Les mpimasy (guérisseurs) se disent guidés par ces esprits pour trouver et cueillir les plantes médicinales et « magiques », comme ils ont l’habitude de les appeler. Ils ne collectent que les tiges ou les feuilles, après six heures de marche du village d’Andranoheza à la forêt. Le chemin le plus court pour y accéder !
Le long des pistes comme dans les villages, on assiste au défilé pittoresque des mpiarakandro (bouviers) et autres voyageurs pédestres.
La quiétude qui prévaut en ces lieux est parfois perturbée par le son langoureux de l’anjombona, conque transformée en instrument d’alerte qui annonce une veillée funèbre ou une assemblée villageoise. Ces facettes peu connues de la vie rurale chez les Bara n’attendent que le visiteur en quête de nature et d’authenticité. Mais pour y accéder, il faut dire adieu à l’asphalte de la route nationale 7 et utiliser les 4×4 tout-terrain.
Les recherches scientifiques et inventaires floristiques effectués dans la forêt d’Analavelona ont permis d’identifier 300 espèces de plantes dont huit ne poussent nulle part ailleurs qu’ici. Comme l’espèce Spondias tefyi (en l’honneur d’un collaborateur de MBG, Andriamahefarivo Tefy), appelée communément sakoambaditsy : parent proche du pommier de Cythère, il atteint 15 à 18 mètres de hauteur et donne des fruits dont les lémuriens sont friands. En effet, le site héberge également six espèces de lémuriens et une soixantaine espèces d’oiseaux forestiers et de zones ouvertes. Et bien d’autres secrets que la forêt ne révèle que parcimonieusement, car ici il faut prendre le temps d’écouter et de regarder. Une chose est sûre, la présence d’une forêt humide dans un paysage semi-aride du sud-ouest ne peut laisser indifférents. Surtout quand la conque retentit pour annoncer un hatsaka de plus.

Hans Rajaonera

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