ALERTE À LA VAGUE VERTE: Criquets migrateurs
1 juillet 2013 - Nature commentaires   //   1058 Views   //   N°: 42

La huitième plaie d’Égypte aura-t-elle raison de Madagascar ? Le pays fait face à une invasion acridienne sans précédent depuis cinquante ans. Quinze régions sont déjà envahies par les criquets migrateurs, faisant peser le spectre de la famine sur 13 millions d’habitants.

Depuis le mois d’avril, 15 régions de l’île sur 22 sont envahies par les criquets migrateurs. Peut-être 500 milliards d’individus selon une récente mission de comptage. Fondant sur les cultures à la vitesse grand V, un essaim peut détruire 100 000 tonnes de végétation en une journée, menaçant de famine – à tout moins d’insécurité alimentaire et nutritionnelle – les habitants des régions sinistrés.

Partie du sud, la vague « verte » a déjà atteint Antsirabe et pourrait déferler sur la capitale si rien n’est fait pour l’arrêter. « L’invasion actuelle a commencé en 2009. Seul le manque de moyens financiers est la cause de notre impuissance. L’achat de pesticides, le carburant pour les avions, la rémunération des intervenants sur le terrain, tout cela coûte trop cher. On a besoin de 40 milliards d’ariary pour stopper l’invasion et jusqu’à présent on n’a même pas rassemblé la moitié de la somme », soupire Hasibelo Rakotovao, responsable de la lutte antiacridienne à Sakaraha, dans la région d’Atsimo-Andrefana. C’est bien pour une raison de budget qu’en 2012, seuls 30 000 hectares de terres agricoles ont pu être traités alors que ce sont 100 000 hectares qui auraient dû l’être pour enrayer les criquets. Entre-temps, les essaims n’ont cessé de proliférer, une bonne centaine sur tout le pays, formant parfois des nuées de 15 km de long. « Même en plein jour tu as l’impression que c’est la nuit quand ils arrivent », explique Dieudonné, un planteur de canne du Sud-Ouest qui a fui les criquets pour retrouver de la famille à Tana.

Certaines régions, comme le Vakinankaratra, ont organisé un téléthon pour récolter de l’argent, mais la bonne volonté ne suffit pas, le résultat est bien insuffisant comparé aux besoins. « L’incapacité à agir maintenant entraînera plus tard des besoins massifs en assistance alimentaire », prévient Dominique Burgeon, directeur de la Division des urgences au sein de l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO). Il a en mémoire la grande invasion acridienne de 1997 qui avait duré trois ans et entraîné la dépense de 60 millions de dollars pour sauver quatre millions d’hectares.

Un nouveau plan vient d’être élaboré par la FAO pour 2013-2016 avec le ministère de l’Agriculture. Il est trop tard pour faire de la prévention, mais les larves et les essaims peuvent être traités par des pesticides. Ce plan a cependant besoin de 17 millions d’euros d’ici juin et de 31,5 millions d’euros en tout pour pouvoir démarrer en septembre le traitement par voie aérienne des millions d’hectares touchés. 

 L’administration onusienne a été sollicitée par les autorités malgaches pour une aide technique et financière, mais même avec son concours, la guerre ne sera pas facile à gagner. « Il faudra trois ans pour ramener la population des criquets à un niveau normal. Dans l’immédiat, il y a 1,5 million d’hectares à traiter, soit 17 millions d’euros à trouver d’urgence »commente le spécialiste. Comble de malchance, le passage du cyclone Haruna au mois de février n’a fait qu’amplifier la reproduction des insectes. « Le but n’est pas de les éradiquer car ce serait une catastrophe pour l’écosystème. On veut juste revenir à la proportion de 1 000 individus par hectare, là où ça ne pose plus de problème pour les cultures. »

Le malheur des uns fait quand même le bonheur des autres. Par exemple des marchands de criquets qui sont apparus sur les marchés ces derniers mois… À 300 ariary le kapoaka de sauterelles, c’est pour eux une belle source de revenus. « Grillé c’est délicieux et ça apporte plein de protéines »fait valoir Jeannot qui a son business du côté de Fianarantsoa. Il paye des gens de la campagne pour lui en rapporter des sacs entiers. Facile, il n’y a qu’à se pencher ! Un représentant du ministère de l’Agriculture confirme que les criquets sont une excellente source de protéines animales, surtout pour les personnes sous-alimentées, à condition toutefois qu’ils n’aient pas été aspergés de pesticides. Ce qui est une autre histoire.

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