Aïssa : Attention Tsapiky !
12 septembre 2012 - Cultures Music Musiques commentaires   //   1349 Views   //   N°: 32

Le tsapiky au féminin s’avère aussi piquant que son homologue masculin, celui des Damily et Roby Chicungunya. Surtout quand l’art du « kininike », la façon tuléaroise de bouger le fessier, est porté à son maximum d’intensité. Démonstration avec Aïssa… 

Nouvelle venue sur la scène malgache, Aïssa de son vrai nom Fanampisoa Hélène est bien décidée à devenir la nouvelle reine du tsapiky. Non sans raison. A 25 ans, originaire de Toliara, elle peut se vanter d’avoir côtoyé les précurseurs de cette musique qui marque si fortement l’identité du Sud-Ouest. Un style particulièrement cadencé apparu au début des années 80 avec l’arrivée des premières guitares électriques, mais nourri d’airs traditionnels des campagnes. Certains vont jusqu’à l’appeler la plus africaine des musiques malgaches. « Le tsapiky authentique te conduit au bord de la transe, c’est même sa fonction première », convient Aïssa.

A 8 ans elle assure déjà les choeurs et la chorégraphie au sein de Tirike, l’un des premiers groupes à avoir imposé le tsapiky à travers l’île. « Je les ai accompagnés en tournée jusqu’à Tana, Mahajanga, Diego, Nosy-Be. Je n’allais plus à l’école, mais je découvrais le monde mieux que dans les livres… » Elle enchaîne avec le groupe Njakatiana, un peu moins « typique » certes, avant de rejoindre le chanteur Teta, la référence ultime du Sud-Ouest. Pendant deux ans, ils multiplient les concerts dans les campagnes tuléaroises, au rythme de ces « bals poussière » (bals en plein air) où le tsapiky est très populaire. C’est aussi le genre musical qu’on invite en priorité dans les mariages, les circoncisions ou les famadihana (cérémonies de retournement des morts ou engalolo à Toliara). Rythmes saccadés, voix envoûtantes, tremblements de tout le corps (ou uniquement des fesses comme dans la danse kininike), le tsapiky plonge l’assistance dans un état second, quasi mystique. « Un genre initiatique à part entière », estime Aïssa.

Curieusement, c’est chez les urbains que le tsapiky trouve un maximum d’échos, à tel point qu’il n’est pas de soirées en ville sans l’inclure au programme. D’où le succès de groupes comme Damily, réputé pour sa rythmique d’enfer basse-batterie, ou Roby Chicungunya (sic) et son folk tsapiky qui commencent même à l’imposer au niveau international. Faire danser le monde entier au son du tsapiky, telle est bien l’ambition d’Aïssa qui estime qu’une « voix féminine est tout indiquée pour cette mission ». D’autant que la belle pratique un kininike tout à fait affolant : « Pas de tsapiky sans bouger les fesses », lance-t-elle un rien provoc.

Habitant la capitale depuis 2007, elle a monté sa propre formation Natifs du Sud, dont tous les membres sont originaires de Toliara. Un premier album est prévu pour décembre, avec des textes qui vont fleurer bon la campagne. « Dans Soa Zay Gogo, on explique comment les paysannes de chez nous calment leur enfant qui pleure en lui donnant un peu de manioc. » Sans oublier des thèmes plus sociaux comme l’exode rural. Un groupe qui ne manque pas de piquant pour un tsapiky sans concession. 

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