Aïda COLMENERO DÏAZ
19 mai 2012 - CulturesNo Comment   //   1180 Views   //   N°: 28

Au Tahala Rarihasina, elle a enseigné pendant dix jours la « liberté dans la discipline ». Une façon de jouer avec son corps qui doit beaucoup à Germaine Acogny, la grande prêtresse de la danse africaine contemporaine, dont elle est l’élève la plus accomplie.

C’est entre deux répétitions, autour d’un expresso que cette artiste « en mouvement », comme elle aime se définir, nous donne trente minutes de son temps. Aïda Colmenero Dïaz est à la danse ce que la chanteuse française Zaz est à la musique.

« Oublier les frontières, se détacher des étiquettes trop facilement données aux artistes contemporains, et surtout donner de la joie », explique-t-elle dans un souffle. Et c’est bien ce qu’elle fait en animant ce stage de perfectionnement à la danse contemporaine au Tahala Rarihasina.

Un atelier de dix jours (26 mars-7 avril) destiné aux danseurs professionnels et semi-professionnels : « artistes mobiles », comme elle dit. Aïda vient d’une ville qui ne dort pas, Madrid.

Une ville multiple, croisement fécond d’Arabie et d’Andalousie qui a sans doute inspiré son approche pluridisciplinaire de la scène. À 31 ans, après avoir étudié l’art dramatique au Centro de Nuevos Creadores (Centre des nouveaux créateurs), puis la danse moderne au Conservatoire royal Mariemma, c’est en Afrique, au Sénégal précisément, qu’elle parvient à réaliser la synthèse de tout ce qui la passionne.

Nous sommes en 2009, et c’est l’année où Germaine Acogny, la « mère de la danse africaine contemporaine », l’héritière spirituelle de Béjart, la recrute pour intégrer la célèbre École des Sables de Toubab Dialaw, près de Dakar. Un lieu de rencontre et d’échange unique, et un véritable honneur pour Aïda, car ils ne sont que neuf candidats à bénéficier de cette formation de trois ans !

Objectif : faire d’eux les ambassadeurs de cette méthode unique au monde qui puise autant dans la tradition africaine que dans l’ouverture à l’autre. La « technique Acogny », comme on dit. « La liberté dans la discipline », commente Aïda. De là, la jeune danseuse espagnole va vite monter son propre projet pédagogique, intitulé Africa en danza. Grâce au soutien financier des différents services diplomatiques espagnols en Afrique, elle l’a déjà présenté au Cap vert, au Ghana, au Maroc, au Nigeria, en Tanzanie.

De sa rencontre avec Ariry Andriamoratsiresy, de la compagnie Rary, naît l’idée de venir l’enseigner à Madagascar, pays où la tradition de la danse n’est certes pas un vain mot ! Elle y inculque son savoir et sa philosophie du corps hérités de l’École des Sables.

« Je veux que les élèves comprennent que danser et s’exprimer, ce n’est pas forcément sur une scène devant un public immobile, ce peut aussi être dans la rue ou dans les escaliers ! »

Si vous faites un détour par le Sénégal, sachez qu’Aïda sera présente du 11 mai au 10 juin à la grande biennale d’art contemporain de Dak’Art. D’accord ?

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