Zo Tahiana Hariminoson « Un film est un investissement à risque »
10 mars 2023 // Cinéma // 5624 vues // Nc : 158

Projeté plusieurs fois dans les salles de cinéma malgache depuis sa sortie en 2022, JOE a connu un réel succès auprès du public. Ce film entre le thriller et le fantastique est le premier long métrage de Zo Tahiana Harimonoson. Il nous dévoile les coulisses du tournage et ses projets.

JOE, l’histoire du film ?
JOE, c’est l’histoire d’un veuf, d’un  père de famille désespéré qui cherche à tout prix à guérir sa fille d’une maladie incurable. Après avoir tout essayé, il est allé voir une guérisseuse traditionnelle. Mais le problème, c’est que celle-ci demande des choses qu’il lui est impossible de réaliser. A travers ce film, je voulais également redonner une seconde vie à la culture occulte malgache qui n’est pas assez représentée dans le cinéma aujourd’hui. Je voulais une histoire qui remet au goût du jour cette facette de notre culture. Mais elle constitue également un décor dans le film. J’aborde également la relation entre les parents et les enfants ainsi que le côté rivalité moderne puisqu’une grande partie du film se passe dans une entreprise.

Comment est venue l’idée d’écrire ce film ?
Au départ, Joe devait être un court métrage mais à cause de mon impatience, je voulais écrire plus long, prendre du temps sur l’histoire et les personnages. Le projet a débuté depuis 2015 au moment où j’ai commencé à repérer mes artistes techniciens.

J’ai travaillé avec eux sur leurs projets et l’affinité s’est installée. Je savais que c’était des personnes talentueuses et que j’allais forcément travailler avec elles. Par exemple, sur la musique originale, il y a Tessa Ratovonar, à la lumière, Andry Rakotoarivony, le cadrage, c’est Kopetha Razafimandimby… L’objectif du film, c’est aussi de mettre en valeur les métiers du cinéma que le grand public, surtout malgache, ne connait pas encore. Le tournage a duré 45 jours étalé sur 3 mois. Le développement du film a pris deux ans si on ne compte pas la première version de 2015 puisqu’à cause d’un cambriolage, on a tout perdu alors que le film était fini à 60 %. Mais je dirais que c’est un mal pour un bien car on a pu réécrire et l’améliorer.

Justement, comment cela se passe-t-il au niveau du matériel et du financement ?
Le matériel est encore un blocage à Madagascar puisque contrairement aux autres pays, ce n’est pas possible de louer du matériel de cinéma. Et en importer coûte trop cher. Donc, nous avons fait avec les moyens du bord, du système D ! Quand on n’a pas les moyens, on trouve des astuces et je trouve qu’on est beaucoup plus inspiré. Par contre, on est resté bien sûr limité. Pour JOE, cela se sent dans la mise en scène, on voit que ça ne bouge pas trop, c’est une réalisation classique avec beaucoup de plans fixes. Quant au financement, à Madagascar, c’est encore très compliqué. Travailler dans le cinéma n’est pas encore considéré comme un métier, on ne peut pas négocier avec les banques puisqu’un film, c’est un investissement à risques. Pour ce film, c’est différent. Le financement vient de quelques entreprises qui ont bien voulu nous aider ainsi que du producteur Rija Harijaona qui a eu confiance au projet.

Le retour du public ?
Nous étions agréablement surpris puisque c’était un pari très risqué, c’est un genre qu’on ne voit pas beaucoup à Madagascar. On avait peur que le public malgache soit habitué à la comédie. Beaucoup de retour positif, les gens ont aimé l’histoire, c’est le plus important. Sinon,  je veux bien qu’il y ait un avenir pour le cinéma malgache. Il y a énormément de talents ici. J’aime penser que le fait d’avoir fait ce film a peut-être réveillé quelque chose chez les gens. Qu’il est possible de raconter des histoires. Les salles de cinéma commencent à s’intéresser aux productions locales, c’est un bon début.  

D’où est venue cette passion pour le cinéma ?
J’ai toujours aimé raconter des histoires. Ce qui a réveillé cette passion, c’était une émission sur le cinéma des effets spéciaux, cela m’a fasciné. Je n’ai pas été dans une école de cinéma mais j’ai appris à travers les livres, les formations, les masters classes, les rencontres, en assistant aux tournages des autres et les expérimentations. J’ai un penchant particulier pour le thriller fantastique et policier.

Les projets ?
Beaucoup de gens demandent une suite à JOE mais l’histoire est bouclée. S’il y aura une suite, ce sera exactement la même histoire, donc cela ne sert pas à grand-chose. Par contre, je prépare mon prochain film qui n’a rien à voir avec JOE ni dans le genre ni dans l’histoire.

Propos recueillis par Aina Zo Raberanto

Laisser un commentaire
no comment
no comment - Tantely Rakotoarivelo : Rahely en lumière

Lire

9 mars 2026

Tantely Rakotoarivelo : Rahely en lumière

Tantely Rakotoarivelo rend hommage à sa grand-mère avec une collection portant son nom. « Les personnes bienveillantes, dit-il, restent immortels dans...

Edito
no comment - Conte de fake

Lire le magazine

Conte de fake

Le 20 mars, journée mondiale du conte, devrait être férié pour l’imaginaire. Rien que ça. Car il fut un temps — pas si lointain — où Madagascar vibrait au rythme des angano, ces récits qui, le mercredi après-midi, clouaient les enfants devant la radio ou la télévision. On n’avait pas école. On avait mieux : Trimobe, Rapeto, Ranoro. Dans les années 80, 90, et même au début des années 2000, toutes les stations ou presque avaient leur programme dédié. C’était un rendez-vous sacré. Les grandmères rassemblaient les petits-enfants autour du foyer, le soir, et les mots devenaient braises. Trimobe, ogre insatiable mais régulièrement dupé par un gamin — ou une fillette paraplégique — apprenait l’humilité à coups de ruse. Rapeto, géant malgache, déplaçait des montagnes sans tractopelle. Ranoro, sirène des eaux profondes, murmurait à l’oreille des rêveurs.Aujourd’hui ? Ces figures glissent doucement vers l’ombre. Illustres inconnus d’une génération qui connaît mieux les superhéros importés que les ogres du terroir. Les écrans n’ont pas cessé de raconter des histoires — loin de là — mais elles viennent souvent d’ailleurs, calibrées, doublées, marketées. On ne va pas jouer les passéistes professionnels, mais tout de même. Car jadis — mot dangereux, je sais — les angano travaillaient l’imaginaire comme un artisan polit une pierre brute. Ils enseignaient sans en avoir l’air. Ils faisaient peur, parfois. Rire, beaucoup. Grandir, surtout. Heureusement, depuis quelque temps, des créateurs de jeux vidéo et de films d’animation gasy réinvestissent ces figures. Avec des libertés narratives, quelques retouches ici et là, certes. Mais l’essentiel demeure : les personnages respirent encore. Alors, en ce 20 mars, la question n’est pas de savoir si le conte survivra à l’ère du scroll infini. Elle est plus simple — et plus vertigineuse : que restera-t-il de nous si nos enfants ne rêvent plus dans notre langue ?

No comment Tv

Interview - ILLICIT SOUL - Février 2026 - NC 193

Découvrez ILLICIT SOUL, groupe de musique, dans le no comment® NC 193 - février 2026.
Depuis 2024, Meji, Fat Killah, HMan, trois producteurs de musique, font tourner Illicit Soul comme on ferait tourner un vinyle rare. Un crew avec le flair pour dénicher les talents malgaches, une idée forte, presque clandestine, et un concept sans équivalent. Un goût de Rhum Vanille, corsé mais maîtrisé.

Focus

Tournoi Komba Overcome de Tekken Mada

Tournoi Komba Overcome de Tekken Mada, le samedi 21 et dimanche 22 février au Tana Water Front

no comment - Tournoi Komba Overcome de Tekken Mada

Voir