Studio Brando : Ils n’avaient rien demandé
28 décembre 2025 // Quiz & Actuel // 2375 vues // Nc : 191

Ils arrivent toujours en bande — un peu bruyante, un peu maladroite, mais terriblement attachante. Ne vous y trompez pas : ce n’est pas un groupe de rock, même si l’allure pourrait s’y prêter. C’est une bande de potes qui, en 2024, a mis un pied — hésitant mais sincère — dans le cinéma amateur. Une aventure qui, cette année, s’est transformée en parcours… disons-le, laborieux mais haut en couleur. À force de tâtonner, ils ont fini par comprendre que faire un film, ce n’est pas seulement écrire, tourner et monter.

« Nous avons compris qu’il y avait encore beaucoup de choses en dehors de la création que nous ne savions pas : distribution, réseautage, opportunités… », reconnaît Toavina Rakotosoa, le réalisateur, qui parle comme quelqu’un qui vient d’ouvrir un placard plein de dossiers inconnus. Désormais, ils guettent les appels à projets, les festivals, les petites fenêtres qui s’ouvrent — parfois par accident.

Autour de Toavina, ils sont une dizaine, à savoir Dee Andriambelo en premier rôle, Jeremy Randranto derrière la caméra, ou encore le rappeur Sakaÿ Aleykoum en second couteau. « Color Wars ne se voulait pas être une anticipation sociale des faits récents. Mais la réalité nous a rattrapés… et ça veut dire que l’œuvre a trouvé son époque », déclarent-ils. Color Wars, leur premier court-métrage satirique, ressemble à eux : brut, imparfait, un peu foutraque mais furieusement sincère. Et comme il faut bien finir l’année avec panache, la bande s’est trouvée un nom, Studio Brando, clin d’œil assumé à JoJo’s Bizarre Adventure. Ce mois-ci, ils s’offrent même une projection au Madagascar Underground. Un petit pas pour eux… mais un pas qui claque.

Rova Andriantsileferintsoa

Bande de potes passionnés de culture
Facebook : Studio Brando

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Le 20 mars, journée mondiale du conte, devrait être férié pour l’imaginaire. Rien que ça. Car il fut un temps — pas si lointain — où Madagascar vibrait au rythme des angano, ces récits qui, le mercredi après-midi, clouaient les enfants devant la radio ou la télévision. On n’avait pas école. On avait mieux : Trimobe, Rapeto, Ranoro. Dans les années 80, 90, et même au début des années 2000, toutes les stations ou presque avaient leur programme dédié. C’était un rendez-vous sacré. Les grandmères rassemblaient les petits-enfants autour du foyer, le soir, et les mots devenaient braises. Trimobe, ogre insatiable mais régulièrement dupé par un gamin — ou une fillette paraplégique — apprenait l’humilité à coups de ruse. Rapeto, géant malgache, déplaçait des montagnes sans tractopelle. Ranoro, sirène des eaux profondes, murmurait à l’oreille des rêveurs.Aujourd’hui ? Ces figures glissent doucement vers l’ombre. Illustres inconnus d’une génération qui connaît mieux les superhéros importés que les ogres du terroir. Les écrans n’ont pas cessé de raconter des histoires — loin de là — mais elles viennent souvent d’ailleurs, calibrées, doublées, marketées. On ne va pas jouer les passéistes professionnels, mais tout de même. Car jadis — mot dangereux, je sais — les angano travaillaient l’imaginaire comme un artisan polit une pierre brute. Ils enseignaient sans en avoir l’air. Ils faisaient peur, parfois. Rire, beaucoup. Grandir, surtout. Heureusement, depuis quelque temps, des créateurs de jeux vidéo et de films d’animation gasy réinvestissent ces figures. Avec des libertés narratives, quelques retouches ici et là, certes. Mais l’essentiel demeure : les personnages respirent encore. Alors, en ce 20 mars, la question n’est pas de savoir si le conte survivra à l’ère du scroll infini. Elle est plus simple — et plus vertigineuse : que restera-t-il de nous si nos enfants ne rêvent plus dans notre langue ?

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