Sariaka Razanamparany : Faites vos jeux !
20 mars 2023 // Loisirs & J’ai essayé // 6681 vues // Nc : 158

Ouverte depuis un an, Pi.lalao qui se trouve à Ivandry est une ludothèque avec plus de 200 jeux de société pour tous les âges. Sariaka Razanamparany, la fondatrice a voulu créer un lieu de rencontres, d’échanges pour pouvoir se nourrir l’esprit.  

L’idée de créer Pi.lalao ?
J’étais salariée d’une banque à Toulouse pendant 16 ans. Ensuite, je suis rentrée à Madagascar en 2021. Je me suis posée la question si je voulais travailler dans une banque toute ma vie ! J’ai aimé mon travail mais je souhaitais quelque chose de plus impactant et plus rapidement. Comme j’admire les gens qui vivent de leur passion et que je n’ai aucun vrai talent, je ne cuisine pas assez bien pour ouvrir mon restaurant, ma voix n’est pas assez belle pour en faire une carrière, je ne suis pas une artiste née… Je me suis dit que j’aimais jouer. D’où l’idée de créer Pi.Lalao, un lieu fixe, une ludothèque où on peut venir jouer avec un volet social et solidaire à travers des ateliers, des jeux et du bénévolat régulier dans  trois structures notamment dans un orphelinat, une école et une association.

Plus de 200 jeux pour enfants et les adultes ?
Oui, des jeux de société avec des catégories variées entre les jeux de stratégie, de logique, d’ambiance, d’imagination… Le jeu a le pouvoir de réunir les personnes, de stimuler les aptitudes de chacun  notamment l’observation, la réactivité, la logique, la négociation… d’encourager l’expression des émotions, du laisser-aller… Le jeu est aussi une expérience positive où l’on apprend à jouer avec les autres, à suivre les règles, à se surpasser, à ne pas tricher…

Les jeux qui marchent le plus ?
Chez les petits, c’est plutôt Croque-Carotte, chez les plus grands, c’est Mytho, King of Tokyo ou The Islands. Chez les adultes, plutôt des jeux qui font rires. Sinon, il y a les jeux traditionnels malgaches comme le Fanorona ou le Katro. Et un jeu que j’aime beaucoup et qui est fabriqué par des malgaches, c’est le Lamako, un jeu de plateau ludique pour découvrir ou redécouvrir la culture malgache. Il y a plusieurs thèmes qui sont abordés sous forme de questions-réponses comme la faune, la gastronomie, la flore, la vie, les traditions… On peut tomber sur des cartes CHANCE comme « la fête nationale » ou la carte moins chanceuse comme le « délestage. »

Des jeux, des soirées et des ateliers également ?
Oui, nous organisons des soirées ados, adultes, en famille… Comme je l’ai précisé plus haut, je vais également dans différentes structures pour faire jouer les enfants. Ils aiment beaucoup Dobble mais aussi les jeux de mime. La dernière fois, j’ai collaboré avec une association qui a emprunté des jeux de Pi.lalao pour faire jouer des enfants dans un EPP à Ambatobe. J’organise également des ateliers, par exemple, avec Cecilia Marchetti sur le Babybrains, un atelier interactif et ludique de neurosciences pour mieux comprendre son enfant. Il y a aussi un atelier de théâtre pour adultes en anglais. Depuis la création du lieu, j’ai de bons retours, des fidèles joueurs qui reviennent et de plus en plus, de nouveaux joueurs qui ont compris que le jeu n’était pas un simple divertissement !

Les projets ?
Il reste encore de nombreuses choses à réaliser ici. C’est un pays d’avenir qui a du potentiel, le marché n’est pas saturé, il reste de nombreux besoins à couvrir… Je dirais qu’il n’y a pas d’obstacles à entreprendre mais plutôt des challenges au quotidien pour dynamiser son activité, être force de propositions, être à l’écoute de son environnement, trouver l’équilibre entre la vie de femme entrepreneur et de maman. Sinon, le vrai challenge ici à Madagascar, c’est  de démocratiser le jeu, de faire venir les personnes dans un endroit pour jouer. Les personnes se déplacent facilement pour nourrir leurs corps en allant au restaurant, par exemple, mais sortir pour nourrir son esprit en venant jouer c’est encore une démarche à encourager. Encourager au maximum le jeu est un véritable enjeu. Je le vois dans les yeux des enfants démunis, c’est aussi par le jeu que peut se produire l’éveil de tous ces enfants. De nombreux pays ont déjà compris l’enjeu d’où l’existence de ludothèques financées par les pouvoirs publics. Mes projets, c’est pouvoir être un vrai réseau de ludothèques en ouvrant des Pi.lalao un peu partout à Madagascar.

Propos recueillis par Aina Zo Raberanto

Laisser un commentaire
no comment
no comment - Tantely Rakotoarivelo : Rahely en lumière

Lire

9 mars 2026

Tantely Rakotoarivelo : Rahely en lumière

Tantely Rakotoarivelo rend hommage à sa grand-mère avec une collection portant son nom. « Les personnes bienveillantes, dit-il, restent immortels dans...

Edito
no comment - Conte de fake

Lire le magazine

Conte de fake

Le 20 mars, journée mondiale du conte, devrait être férié pour l’imaginaire. Rien que ça. Car il fut un temps — pas si lointain — où Madagascar vibrait au rythme des angano, ces récits qui, le mercredi après-midi, clouaient les enfants devant la radio ou la télévision. On n’avait pas école. On avait mieux : Trimobe, Rapeto, Ranoro. Dans les années 80, 90, et même au début des années 2000, toutes les stations ou presque avaient leur programme dédié. C’était un rendez-vous sacré. Les grandmères rassemblaient les petits-enfants autour du foyer, le soir, et les mots devenaient braises. Trimobe, ogre insatiable mais régulièrement dupé par un gamin — ou une fillette paraplégique — apprenait l’humilité à coups de ruse. Rapeto, géant malgache, déplaçait des montagnes sans tractopelle. Ranoro, sirène des eaux profondes, murmurait à l’oreille des rêveurs.Aujourd’hui ? Ces figures glissent doucement vers l’ombre. Illustres inconnus d’une génération qui connaît mieux les superhéros importés que les ogres du terroir. Les écrans n’ont pas cessé de raconter des histoires — loin de là — mais elles viennent souvent d’ailleurs, calibrées, doublées, marketées. On ne va pas jouer les passéistes professionnels, mais tout de même. Car jadis — mot dangereux, je sais — les angano travaillaient l’imaginaire comme un artisan polit une pierre brute. Ils enseignaient sans en avoir l’air. Ils faisaient peur, parfois. Rire, beaucoup. Grandir, surtout. Heureusement, depuis quelque temps, des créateurs de jeux vidéo et de films d’animation gasy réinvestissent ces figures. Avec des libertés narratives, quelques retouches ici et là, certes. Mais l’essentiel demeure : les personnages respirent encore. Alors, en ce 20 mars, la question n’est pas de savoir si le conte survivra à l’ère du scroll infini. Elle est plus simple — et plus vertigineuse : que restera-t-il de nous si nos enfants ne rêvent plus dans notre langue ?

No comment Tv

Interview - ILLICIT SOUL - Février 2026 - NC 193

Découvrez ILLICIT SOUL, groupe de musique, dans le no comment® NC 193 - février 2026.
Depuis 2024, Meji, Fat Killah, HMan, trois producteurs de musique, font tourner Illicit Soul comme on ferait tourner un vinyle rare. Un crew avec le flair pour dénicher les talents malgaches, une idée forte, presque clandestine, et un concept sans équivalent. Un goût de Rhum Vanille, corsé mais maîtrisé.

Focus

Tournoi Komba Overcome de Tekken Mada

Tournoi Komba Overcome de Tekken Mada, le samedi 21 et dimanche 22 février au Tana Water Front

no comment - Tournoi Komba Overcome de Tekken Mada

Voir