Résidence d’écriture ou comment ouvrir des portes sur le monde
29 mars 2026 // Littérature // 784 vues // Nc : 194

L’insularité de Madagascar a longtemps freiné la découvrabilité de ses artistes. La mer et les plages de sable fin sont un atout paysager, mais au-delà du cadre bucolique, il s’agit d’une condition géographique qui rend la confrontation au monde plus difficile, condamnant souvent nos artistes à rester des voix nationales, parfois régionales, rarement entendues dans le grand concert du monde. Les temps changent pourtant. Des initiatives permettent de déjouer les frontières, de boire le souffle de l’ailleurs, de le tailler pour en faire des œuvres qui partent de partout mais sont signées par ceux d’ici. Ayant expérimenté ces dispositifs, notamment la résidence Afrique Haïti, qui va m’emmener de Madagascar à Bordeaux, en passant par l’étape centrale de Saint Louis, j’en livre un témoignage critique.

Saint-Louis, un pont jeté entre deux mondes

Écrire un roman, c’est tenter d’ouvrir dans le réel une place pour le sensible. Peau noire, Île Rouge, projet qui m’a conduit à Saint-Louis centré sur le lien entre tirailleur sénégalais et peuple malgache , ne fait que cela : déblayer ce qui est pour faire ressentir ce que l’oubli a recouvert. Cette fois, le creux que l’écriture aménage s’étend sur deux, peut-être trois civilisations, enjambant les frontières tout en les liant dans une même responsabilité.

Mais se mettre à hauteur du sensible exige plus que de la documentation. Il faut goûter des lumières, manger des couleurs, traverser les odeurs des marchés, éprouver la solitude propre à chaque lieu. Cela suppose d’aller à l’endroit même du roman. Ainsi seulement la création s’ouvre au monde et le laisse entrer en elle. C’est la condition d’une cohabitation juste, seule garante d’une œuvre qui parle à soi et aux autres. Être ici, à Saint-Louis, au moment où j’écris, c’est franchir un seuil pour aiguiser, dans l’ignoré, les pointes d’une réalité que le temps émousse, non pour transmettre, mais pour faire écho.

Fissurer l’exotisme ?

L’exotique, c’est ce qui paraît étranger et fascinant par son éloignement. On nous a définis ainsi. Pourtant, rien ne nous oblige à l’accepter, même si certains ont fini par s’accommoder des barreaux de cette prison. Fissurer cette boîte suppose un geste simple et difficile : se rapprocher, dire ce qui nous lie au monde, imposer la réalité d’un lien viscéral malgré l’indifférence.

Voyager, explorer ces attaches oubliées, les vivre concrètement, permet de pointer des réalités communes, des blessures partagées, et peut-être de se tenir enfin d’égal à égal autour d’une table pour dénouer ce qui nous étouffe? Plutôt que de moisir dans des définitions de carte postale où l’image d’un pays-paradis tient lieu de pensée.

Ces opportunités sont à saisir. Il faut frapper ou caresser, déranger ou séduire, blesser et faire jouir, pour tirer sur ce qui nous relie et nous amener à y être sensible à nouveau…

Les critiques d'Elie Ramanankavana

Poète / Curateur d'Art / Critique d'art et de littérature / Journaliste

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Il y a quelque chose d'assez beau dans l'idée de commencer l'année en mars. Quand le reste du monde a déjà oublié ses résolutions de janvier, nous, nous prenons le temps — celui du calendrier lunaire, celui des ancêtres. Ce n'est pas du retard. C'est une autre façon de mesurer le temps.
Cette année, quelque chose a changé. Ou plutôt : quelque chose est en train de revenir. De plus en plus de Malgaches — jeunes surtout, ce qui n'est pas anodin — se retournent vers leurs racines, cherchent à comprendre ce que signifie réellement l'Alahamadibe, posent des questions que leurs parents n'avaient pas forcément posées. Cette prise de conscience mérite qu'on s'y arrête. On ne peut avancer qu'en sachant d'où l'on vient. C'est vrai pour les individus.
C'est vrai pour les peuples. Alors, en ce début d’année en plein mois de mars, permettez-nous de vous adresser nos voeux les plus sincères. Mitomboa hasina — que votre valeur sacrée grandisse. Samia tsara, samia soa — que tous soient en bonne santé, que tous aillent bien. Que cette nouvelle année soit plus lumineuse que la précédente, plus douce, plus féconde. Que ceux qui cherchent leurs racines les trouvent — et qu'ils y puisent, non pas une nostalgie stérile, mais une force tranquille pour aller de l'avant. Taombaovao 2026. Une page blanche. À vous de l'écrire.

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