Miangaly Elia : Petits univers, grandes idées
12 février 2024 // Arts Plastiques // 5927 vues // Nc : 169

Qui peut trouver de la beauté dans un bidonville ? À priori, personne. Pourtant, avec sa représentation en miniature d’un abri de fortune, Miangaly Elia a charmé plus d’un sur sa page Facebook en décembre dernier. Pourquoi ? Elle se l’explique par son esthétique nouvelle et inhabituelle.

Ces détails minuscules nous absorbent facilement : la rugosité des planches sur le toit, la fine corde à linge, les touffes d’herbe ça et là. Un observateur attentif sentirait presque le vent qui agite ces vêtements en train de sécher. Et tout ça tient dans une seule main. L’artiste a acquis cette attention au détail à l’IST Ampasampito (Institut Supérieur de Technologie). « Quand on étudie l’architecture, on fait des maquettes, c’est la repré- sentation des volumes qui me plaisait le plus. Le prof mesure et si ça dépasse d’un millimètre, il jette. » Mais comme elle a toujours navigué entre plusieurs médiums (dessin, sketch, peinture), cette rigueur dans l’architecture ne lui offrait plus assez de liberté. Elle a choisi le diorama pour concilier ces disciplines. « Avec une maquette, on représente des dimensions. Pour le diorama, c’est plutôt de l’art. C’est toute une scène, c’est comme prendre une photo qu’on peut toucher en trois dimensions. On a recours à destechniques différentes : peinture, couture, découpage, pliage. »

Dès lors, Miangaly Elia se lance dans ce qu’elle appelle sa « folie artistique ». Parmi les symptômes : la récupération. Les murs sont bâtis avec du carton, les vitres en rhodoïd, le gazon est en fait de la sciure de bois récupérée dans la menuiserie du coin, le socle est fait de carton et d’éponge rembourrée de polystyrène. Pour les matériaux plus insolites, elle récupère les bâtonnets d’esquimaux et les tiges de brochettes. La récupération est même devenue une source d’inspiration. « Quand je suis à court d’idée, il suffit que je tombe sur un objet et je me dis que je peux le transformer. Par exemple, si je vois un objet bien rond, je pense qu’il peut devenir une belle tour. » Une fois travaillées, ces matières n’ont plus rien à voir avec ce qu’elles étaient. « Avec de la pratique, même si on m’a conseillé certaines matières, je sais qu’elles ne me conviennent pas. On peut aller plusloin dans les idées, mais après je travaille les détails. » Dans cette deuxième vie, les objets ne se contentent passeulement d’être fidèles à la réalité, et c’est là l’identité deMiangaly Elia. « La plupart des artistes de diorama sont très futuristes, très science-fiction. Moi, je vis plutôt dans les rêves, les choses un peu abîmées où on trouve de la beauté car elles vivent dans le temps, l’imagination et la magie, l’esthétique traditionnelle malgache. » Témoin de cette signature, elle a reproduit le portail d’un vieux domaine abandonné dans la campagne d’Ambatofotsy, un endroit où sa famille passe tous les 1er novembre, avec une végétation pigmentée autrement que dans la réalité. S’inclinant toujours dans l’imaginaire, on peut aussi mentionner ce lit au milieu de verdures et de fleurs. Pour l’instant, elle veut en apprendre plus pour affirmer son identité d’artiste, et maîtriser d’autres techniques. D’ailleurs, elle organise un atelier hebdomadaire de diorama avec une poignée d’artistes, l’occasion d’échanger des savoir-faire, et des petits univers.

Propos recueillis par  Mpihary Razafindrabezandrina

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Le 20 mars, journée mondiale du conte, devrait être férié pour l’imaginaire. Rien que ça. Car il fut un temps — pas si lointain — où Madagascar vibrait au rythme des angano, ces récits qui, le mercredi après-midi, clouaient les enfants devant la radio ou la télévision. On n’avait pas école. On avait mieux : Trimobe, Rapeto, Ranoro. Dans les années 80, 90, et même au début des années 2000, toutes les stations ou presque avaient leur programme dédié. C’était un rendez-vous sacré. Les grandmères rassemblaient les petits-enfants autour du foyer, le soir, et les mots devenaient braises. Trimobe, ogre insatiable mais régulièrement dupé par un gamin — ou une fillette paraplégique — apprenait l’humilité à coups de ruse. Rapeto, géant malgache, déplaçait des montagnes sans tractopelle. Ranoro, sirène des eaux profondes, murmurait à l’oreille des rêveurs.Aujourd’hui ? Ces figures glissent doucement vers l’ombre. Illustres inconnus d’une génération qui connaît mieux les superhéros importés que les ogres du terroir. Les écrans n’ont pas cessé de raconter des histoires — loin de là — mais elles viennent souvent d’ailleurs, calibrées, doublées, marketées. On ne va pas jouer les passéistes professionnels, mais tout de même. Car jadis — mot dangereux, je sais — les angano travaillaient l’imaginaire comme un artisan polit une pierre brute. Ils enseignaient sans en avoir l’air. Ils faisaient peur, parfois. Rire, beaucoup. Grandir, surtout. Heureusement, depuis quelque temps, des créateurs de jeux vidéo et de films d’animation gasy réinvestissent ces figures. Avec des libertés narratives, quelques retouches ici et là, certes. Mais l’essentiel demeure : les personnages respirent encore. Alors, en ce 20 mars, la question n’est pas de savoir si le conte survivra à l’ère du scroll infini. Elle est plus simple — et plus vertigineuse : que restera-t-il de nous si nos enfants ne rêvent plus dans notre langue ?

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