Kezia Jonah « L’État ne nous aide pas »
4 janvier 2022 // Arts de la scène // 7065 vues // Nc : 144

À 20 ans, la danseuse et chorégraphe Kezia Jonah représente souvent Madagascar dans les concours internationaux. Elle aspire à devenir une vraie pro et bataille dur pour réaliser son rêve.

Elle est la seule danseuse malgache à suivre des études en danse traditionnelle et contemporaine à l’École des Sables, au Sénégal. Cette école créée par Germaine Acogny il y a 20 ans est un des lieux les plus réputés pour apprendre la danse contemporaine africaine ; elle initie les artistes aux différents styles de danses africaines et les aide surtout à trouver leur identité. Kezia Jonah a décroché son diplôme d’études internationales après trois ans riches en expériences et en rencontres, ce qui lui a permis d’évoluer et surtout de vivre de sa passion.

« J’avais des professeurs comme Julie Dossavi, Karyn Vyncke, Allesandra Seutin ou Jonathan Burrows. Il y a également les échanges avec les danseurs qui aspiraient à devenir professionnels comme moi. » Mais pour y arriver, elle a dû braver des obstacles, notamment financiers.  « L’État ne nous aide pas. J’ai dû me débrouiller en faisant des levées de fonds, vendre des sandwichs pour pouvoir acheter mon billet d’avion et mes droits d’inscription. Mais à force de détermination, j’y suis arrivée et je suis fière de mon parcours. »

Originaire de Toamasina, Kezia Jonah est une danseuse née. Elle pratique le hip hop depuis l’âge de 12 ans et remporte le prix Expérimental durant le festival de danse urbaine Ambony Ambany en 2020, en affrontant 14 danseurs pendant 10 minutes non-stop. La même année, elle devait participer à un projet sur « l’engagement féminin » à Ouagadoudou, mais faute de financement et à cause de la fermeture des frontières, elle n’a pas pu y assister. Cela ne l’a pas empêchée de travailler sur sa première pièce chorégraphique intitulée Ampela (Femme) en s’inspirant d’histoires réelles de femmes. « Je commence d’abord par beaucoup de recherches et de discussions avant de créer des mouvements de base. Ensuite, je dessine les histoires à travers des images et des espaces remplis d’ombre en mouvement. L’usage des pas et des gestes traditionnels représentent l’identité de chaque individu. »

 « La danse est un langage. Comme tous les artistes, les danseurs doivent soulever des problématiques ou des situations qui dérangent », estime-t-elle. En décembre dernier, elle a été finaliste de la 4ème édition du concours Africa Simply The Best à Bobo-Diaoulasso au Burkina Faso, récompensant les trois meilleurs solos de danse contemporaine. Ce concours est une initiative du chorégraphe Serge Aime Coulibaly, directeur artistique et fondateur de Ankata, un laboratoire international de recherche, de création et de production des arts de la scène. Kezia a ainsi représenté Madagascar à travers sa pièce chorégraphique Beloved mettant toujours en avant la femme. Elle prévoit une tournée de ces pièces.


Aina Zo Raberanto

Laisser un commentaire
no comment
no comment - Tantely Rakotoarivelo : Rahely en lumière

Lire

9 mars 2026

Tantely Rakotoarivelo : Rahely en lumière

Tantely Rakotoarivelo rend hommage à sa grand-mère avec une collection portant son nom. « Les personnes bienveillantes, dit-il, restent immortels dans...

Edito
no comment - Conte de fake

Lire le magazine

Conte de fake

Le 20 mars, journée mondiale du conte, devrait être férié pour l’imaginaire. Rien que ça. Car il fut un temps — pas si lointain — où Madagascar vibrait au rythme des angano, ces récits qui, le mercredi après-midi, clouaient les enfants devant la radio ou la télévision. On n’avait pas école. On avait mieux : Trimobe, Rapeto, Ranoro. Dans les années 80, 90, et même au début des années 2000, toutes les stations ou presque avaient leur programme dédié. C’était un rendez-vous sacré. Les grandmères rassemblaient les petits-enfants autour du foyer, le soir, et les mots devenaient braises. Trimobe, ogre insatiable mais régulièrement dupé par un gamin — ou une fillette paraplégique — apprenait l’humilité à coups de ruse. Rapeto, géant malgache, déplaçait des montagnes sans tractopelle. Ranoro, sirène des eaux profondes, murmurait à l’oreille des rêveurs.Aujourd’hui ? Ces figures glissent doucement vers l’ombre. Illustres inconnus d’une génération qui connaît mieux les superhéros importés que les ogres du terroir. Les écrans n’ont pas cessé de raconter des histoires — loin de là — mais elles viennent souvent d’ailleurs, calibrées, doublées, marketées. On ne va pas jouer les passéistes professionnels, mais tout de même. Car jadis — mot dangereux, je sais — les angano travaillaient l’imaginaire comme un artisan polit une pierre brute. Ils enseignaient sans en avoir l’air. Ils faisaient peur, parfois. Rire, beaucoup. Grandir, surtout. Heureusement, depuis quelque temps, des créateurs de jeux vidéo et de films d’animation gasy réinvestissent ces figures. Avec des libertés narratives, quelques retouches ici et là, certes. Mais l’essentiel demeure : les personnages respirent encore. Alors, en ce 20 mars, la question n’est pas de savoir si le conte survivra à l’ère du scroll infini. Elle est plus simple — et plus vertigineuse : que restera-t-il de nous si nos enfants ne rêvent plus dans notre langue ?

No comment Tv

Interview - ILLICIT SOUL - Février 2026 - NC 193

Découvrez ILLICIT SOUL, groupe de musique, dans le no comment® NC 193 - février 2026.
Depuis 2024, Meji, Fat Killah, HMan, trois producteurs de musique, font tourner Illicit Soul comme on ferait tourner un vinyle rare. Un crew avec le flair pour dénicher les talents malgaches, une idée forte, presque clandestine, et un concept sans équivalent. Un goût de Rhum Vanille, corsé mais maîtrisé.

Focus

Tournoi Komba Overcome de Tekken Mada

Tournoi Komba Overcome de Tekken Mada, le samedi 21 et dimanche 22 février au Tana Water Front

no comment - Tournoi Komba Overcome de Tekken Mada

Voir