Julien & Myrrha : Regards croisés
6 octobre 2020 // Mode & Design // 7013 vues // Nc : 129

Un nouveau regard sur l’artisanat, c’est la raison d’être de Mijery, une maison d’édition d’objets d’intérieur. Créée par Julien Lestrille et Myrrha Randriamiarisoa, cette maison reflète le savoir-faire malgache, les rencontres et l’unicité.

Quand deux cultures, celles de Julien Lestrille et Myrrha Randriamiarisoa se croisent, cela donne Mijery (Regard). Une nouvelle façon d’aborder le design et la culture malgaches à travers des objets, porteurs de sens et d’histoires. Julien, designer, réalise un voyage initiatique à Madagascar en 2014 pour aller à la rencontre des traditions malgaches et de l’histoire artisanale de l’île. Il y revient quatre ans plus tard pour poursuivre l’aventure et créer une maison d’édition qui conçoit et fabrique des objets d’intérieur responsables et durables. « Mijery Édition est né et déterminé par la volonté d’ouvrir un regard différent sur les savoir-faire artisanaux d’exception comme ceux de Madagascar. Nous voulons apporter de latransparence sur l'ensemble

du processus de fabrication. De l'inspiration du designer à l'origine des matières utilisées, en passant par l'artisan qui a fabriqué l'objet. Nous sommes convaincus que si nos objets ont une histoire et qu'ils sont uniques, alors nous créons de l'attachement. L'attachement créant la pérennité. » Raison pour laquelle, la rencontre est au cœur du processus de création.

Le couple parcourt le pays pour collaborer avec les artisans dont les techniques de travail restent ancestrales et authentiques. Les matières utilisées sont également choisies dans un esprit collectif car l’artisan reste expert en la matière. Par exemple, la collection de chandeliers Obi se décline à travers la poterie en mettant en valeur l’ocre, mais aussi la fonderie en utilisant des métaux recyclés de casseroles et de cocottes, un savoir-faire originaire d’Ambatolampy et par l’ébénisterie avec le travail du bois, héritage du peuple Zafimaniry. « Nous attachons beaucoup d’importance à utiliser autre chose que les bois dits précieux car Madagascar regorge de bois magnifiques et qui ont une pousse dite rapide. Nous utilisons par exemple, le varongy ou le vintanina, traditionnellement utilisés en menuiserie. » Et pour l’inspiration ? « Les ornements géométriques que l’on retrouve dans les meubles traditionnels malgaches se sont mariés à mes inspirations artistiques », explique Julien. « Dans la collection OBI, on retrouve des références telles que les vases d’Ettore Sottsass, les œuvres de Daniel Arsham ou l’influence des films de science-fiction comme le Cinquième Élément ou Star Wars. D’un point de vue créatif, on s’attarde à imaginer des objets intemporels, pour qu’ils puissent traverser le temps et les générations ».

Le processus de création se poursuit par la phase de prototypage avec les artisans et la validation du processus de production. Pour les fondateurs, il est important de rester sur une production raisonnée et raisonnable. Ainsi, les objets créés s’inscrivent dans une démarche humanitaire et éthique. Les artisans qui collaborent avec eux sont rémunérés à la hauteur de leur valeur ajoutée pour leur assurer une vie décente. « Nous sommes conscients de l’impact que nous avons écologiquement, puisque nos objets traversent le globe. Nous souhaitons agir à notre niveau pour limiter cet impact. Cela passe par le choix des matières, par exemple, le laiton que nous utilisons est du laiton recyclé, les bois choisis ne sont pas des bois précieux. Et nous collaborons avec l’association malgache OP500 pour replanter des arbres et aller éduquer dans les villages sur l’importance de reboiser l’île. » Pour la maison, ce dernier trimestre est chargé entre la clôture de la production de la première collection de chandeliers Obi et la commercialisation sur la marketplace (marché en ligne) Designer Box, le lancement de la deuxième collection de plateaux Niel et la nouvelle branche Mijery Studio, un studio de création dédié au design d’objets et d’espaces d’intérieur sur mesure.

Propos recueillis par Aina Zo Raberanto

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Le 20 mars, journée mondiale du conte, devrait être férié pour l’imaginaire. Rien que ça. Car il fut un temps — pas si lointain — où Madagascar vibrait au rythme des angano, ces récits qui, le mercredi après-midi, clouaient les enfants devant la radio ou la télévision. On n’avait pas école. On avait mieux : Trimobe, Rapeto, Ranoro. Dans les années 80, 90, et même au début des années 2000, toutes les stations ou presque avaient leur programme dédié. C’était un rendez-vous sacré. Les grandmères rassemblaient les petits-enfants autour du foyer, le soir, et les mots devenaient braises. Trimobe, ogre insatiable mais régulièrement dupé par un gamin — ou une fillette paraplégique — apprenait l’humilité à coups de ruse. Rapeto, géant malgache, déplaçait des montagnes sans tractopelle. Ranoro, sirène des eaux profondes, murmurait à l’oreille des rêveurs.Aujourd’hui ? Ces figures glissent doucement vers l’ombre. Illustres inconnus d’une génération qui connaît mieux les superhéros importés que les ogres du terroir. Les écrans n’ont pas cessé de raconter des histoires — loin de là — mais elles viennent souvent d’ailleurs, calibrées, doublées, marketées. On ne va pas jouer les passéistes professionnels, mais tout de même. Car jadis — mot dangereux, je sais — les angano travaillaient l’imaginaire comme un artisan polit une pierre brute. Ils enseignaient sans en avoir l’air. Ils faisaient peur, parfois. Rire, beaucoup. Grandir, surtout. Heureusement, depuis quelque temps, des créateurs de jeux vidéo et de films d’animation gasy réinvestissent ces figures. Avec des libertés narratives, quelques retouches ici et là, certes. Mais l’essentiel demeure : les personnages respirent encore. Alors, en ce 20 mars, la question n’est pas de savoir si le conte survivra à l’ère du scroll infini. Elle est plus simple — et plus vertigineuse : que restera-t-il de nous si nos enfants ne rêvent plus dans notre langue ?

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