Joyce Mena : Nenga, retour vers le passé
10 mars 2024 // Musique // 13329 vues // Nc : 170

Entre rage et douceur, elle se dévoile. Dix ans la séparent de ses débuts : de « Tsis Tsis Koz » à « Alamako », Joyce Mena a gagné en maturité, et elle en parle dans son album Nenga, dès ce mois de mars. De ses rêves à la réalité, Annie Sarah Joyce Rakotondrainibe se dévoile sur 11 titres dont la plupart racontent ses années silencieuses.

Débuts fracassants : 2014, « Tsis Tsis Koz » est alors à la bouche de toutes les jeunes filles de l’Île. Du rap comme on en a peu l’habitude d’entendre, la carrière de Joyce Mena Makoa se propulse, en l’espace d’un tube. Tout s’enchaîne, tout le monde la connaît, tout le monde veut la voir, alors qu’elle commence, encore jeune. Les années passent, Joyce Mena Makoa devient Joyce Mena, 25 titres au compteur, et plus de ressources. Elle revient avec l’album Nenga, ses peurs et son passé dévoilés à ses plus grands fans. « Nenga est un mot en Betsimisaraka qui signifie « le passé » : l’album raconte mon parcours de l’adolescence à aujourd’hui, et s’inspire énormément de mon histoire personnelle, même s’il y a également un peu de fiction. » De « Hilefa » à « Alamako », Joyce Mena livre sa rage et son amour à travers le rap et bien plus, de là tire-t-elle sa « double personnalité ». « J’ai cette sorte de double personnalité : il y a la Joyce rageuse, et celle un peu plus soft, qui demande aussi à s’affirmer, d’où mes chansons Hilefa ou Sitrany za mandeha Tamatave ». Elle n’est pas que des mots, oui elle aime chanter, mais aussi, par un parcours drapé de maturité.

Maturité qui lui vient après un moment d’arrêt. Si quelques années ont marqué un silence de la chanteuse, les leçons qu’elle en tire sont devenues sa nouvelle force. De son premier titre à succès à aujourd’hui, la direction qu’a prise l’artiste a connu son revirement : « Je trouve que je n’ai pas encore su gérer les conséquences de ce que j’ai vécu à l’époque, et j’ai dû passer par des moments difficiles qui m’ont mené vers une toute nouvelle direction au niveau créatif et par le sens artistique. Je suis plus mature maintenant, car je sais où je veux aller. » C’est avec cette histoire, ses hauts et bas, qu’elle porte son nouvel album, au lancement qu’elle a prévu depuis plusieurs années, et qui se voit concrétisé cette année. « Je voudrais sortir cet album dans les normes, avec une tournée partout à Madagascar, et cela, j’y tiens particulièrement. » À bien lutter, Joyce Mena a su croire et continuer, au gré du contexte culturel du pays, une vie d’artiste qui a connu ses revers, mais à laquelle elle s’est tenue. Elle revient en force, aujourd’hui, pour livrer ses combats et inspirer.

Elle marque son retour avec « Alamako. » Une vidéo tournée dans les rues d’Analakely, avec une chanson qui inspire le clap malgache. « Même en pause, le processus ne s’arrête pas. Je me souviens que j’étais à la maison, et qu’il y avait du chirac instrumental qui passait – c’était assez célèbre aux States en 2017 – je l’ai entendu, et je me disais qu’il donnait un sens d’Alamako. Le refrain en est ressorti, puis je l’ai emmené chez Denise et nous l’avons travaillé ensemble. » De ce côté rageur, Joyce Mena a su faire un retour digne d’une star. Portée dans sa carrière par Shyn et Denise à ses débuts, et forgée à la partie beat par Tida Kenny, elle monte en force, en toute grâce et toute furie. « À tous les artistes, j’espère qu’on ne va pas se laisser faire : on peut changer l’environnement et les trucs négatifs en quelque chose de beau. » Inébranlable et déterminée, elle laisse son empreinte avec la force de mots « Tsisy resy tsy miady », à celui qui combat vient la victoire !

Propos recueillis par  Rova Andriantsileferintsoa
Facebook : Joyce Mena
Contact : +261 34 91 799 65

Laisser un commentaire
no comment
no comment - Tantely Rakotoarivelo : Rahely en lumière

Lire

9 mars 2026

Tantely Rakotoarivelo : Rahely en lumière

Tantely Rakotoarivelo rend hommage à sa grand-mère avec une collection portant son nom. « Les personnes bienveillantes, dit-il, restent immortels dans...

Edito
no comment - Conte de fake

Lire le magazine

Conte de fake

Le 20 mars, journée mondiale du conte, devrait être férié pour l’imaginaire. Rien que ça. Car il fut un temps — pas si lointain — où Madagascar vibrait au rythme des angano, ces récits qui, le mercredi après-midi, clouaient les enfants devant la radio ou la télévision. On n’avait pas école. On avait mieux : Trimobe, Rapeto, Ranoro. Dans les années 80, 90, et même au début des années 2000, toutes les stations ou presque avaient leur programme dédié. C’était un rendez-vous sacré. Les grandmères rassemblaient les petits-enfants autour du foyer, le soir, et les mots devenaient braises. Trimobe, ogre insatiable mais régulièrement dupé par un gamin — ou une fillette paraplégique — apprenait l’humilité à coups de ruse. Rapeto, géant malgache, déplaçait des montagnes sans tractopelle. Ranoro, sirène des eaux profondes, murmurait à l’oreille des rêveurs.Aujourd’hui ? Ces figures glissent doucement vers l’ombre. Illustres inconnus d’une génération qui connaît mieux les superhéros importés que les ogres du terroir. Les écrans n’ont pas cessé de raconter des histoires — loin de là — mais elles viennent souvent d’ailleurs, calibrées, doublées, marketées. On ne va pas jouer les passéistes professionnels, mais tout de même. Car jadis — mot dangereux, je sais — les angano travaillaient l’imaginaire comme un artisan polit une pierre brute. Ils enseignaient sans en avoir l’air. Ils faisaient peur, parfois. Rire, beaucoup. Grandir, surtout. Heureusement, depuis quelque temps, des créateurs de jeux vidéo et de films d’animation gasy réinvestissent ces figures. Avec des libertés narratives, quelques retouches ici et là, certes. Mais l’essentiel demeure : les personnages respirent encore. Alors, en ce 20 mars, la question n’est pas de savoir si le conte survivra à l’ère du scroll infini. Elle est plus simple — et plus vertigineuse : que restera-t-il de nous si nos enfants ne rêvent plus dans notre langue ?

No comment Tv

Interview - ILLICIT SOUL - Février 2026 - NC 193

Découvrez ILLICIT SOUL, groupe de musique, dans le no comment® NC 193 - février 2026.
Depuis 2024, Meji, Fat Killah, HMan, trois producteurs de musique, font tourner Illicit Soul comme on ferait tourner un vinyle rare. Un crew avec le flair pour dénicher les talents malgaches, une idée forte, presque clandestine, et un concept sans équivalent. Un goût de Rhum Vanille, corsé mais maîtrisé.

Focus

Tournoi Komba Overcome de Tekken Mada

Tournoi Komba Overcome de Tekken Mada, le samedi 21 et dimanche 22 février au Tana Water Front

no comment - Tournoi Komba Overcome de Tekken Mada

Voir