Joany Paoly : Pause longue durée
13 décembre 2025 // Arts Plastiques // 2536 vues // Nc : 191

En plein hiatus pour réfléchir à la manière de renouveler sa pratique photographique, en réponse à ses ressentis personnels et aux questions soulevées par l’arrivée de l’intelligence artificielle, Joany Paoly a accepté de signer la couverture de No Comment.

« Je n’ai pris aucune photo cette année, même pas lors d’événements familiaux », assume Joany Paoly, photographe. Lui, il est imperméable aux injonctions à produire en perpétuité. Autoproclamé « lent », il s’est offert non pas une mais deux années sabbatiques, convaincu que l’appui sur le déclencheur n’est qu’une étape d’un processus plus vaste : celui de l’acte photographique.

Le temps de réflexion, pour lui, occupe la plus grande part. Ce moment de recherche avant même de saisir son appareil a toujours façonné son évolution. Ses travaux portent sur l’espace, le temps et la lumière, des thèmes qu’il explore au gré de ses humeurs et des saisons, avec une hyperactivité notable en avril. Depuis ses débuts au club photo du CGM en 2010 jusqu’à aujourd’hui, en passant par un atelier à Hakanto Contemporary en 2021, il poursuit la même quête : capturer la lumière idéale, fugace et insaisissable. Au fil du temps, il est ainsi passé de compositions conceptuelles en noir et blanc à des images plus abstraites, mais en couleur.

Cette fois-ci, de nouveaux éléments s’ajoutent à ses recherches : l’isolement des individus dans le monde post-Covid, ses ressentis personnels, et surtout, la grande question du moment, celle de l’intelligence artificielle. « L’IA nécessite réflexion. Peut-être qu’il y aura un label de certification humaine, comme il existe déjà des labels bio. Pour continuer à être photographe en sa présence, je dois la dépasser », dit-il avec fermeté.

Alors, Joany Paoly privilégie désormais une approche plus pluridisciplinaire. Sans révéler davantage les nouvelles compétences qu’il a acquises cette année pour nourrir sa pratique photographique, il évoque aussi son envie de revenir à l’argentique, plutôt qu’à la photographie numérique, afin de retrouver ce « toucher » que l’IA ne peut pas encore reproduire. Sur les photos elles-mêmes, il préfère le grain aux images trop polies.

Il en résulte des photographies qui récompensent une attention prolongée. Pour Joany Paoly, c’est le spectateur qui complète la photo. « Pour une photo commerciale, les dix premières secondes sont cruciales. Pour les miennes, c’est l’inverse : on peut ne rien y comprendre pendant un an puis, lentement, certains détails apparaissent. La photo est une invitation à un dialogue entre le spectateur, ses ressentis et ses souvenirs, plutôt qu’une finalité en elle-même », explique-t-il, tel un grand enseignant.

Bien que retiré avec ses photos pour un temps indéterminé, Joany Paoly reste attentif au milieu artistique à Antananarivo. Il salue les nouvelles opportunités offertes aux artistes, mais rappelle l’importance de rester intègre à son art. « Ces institutions nous poussent souvent à courir, alors que chacun a son propre processus créatif. Il faut aussi plus de travail qu’avant, car les artistes s’influencent mutuellement dans ces milieux. Il faut donc pousser sa recherche plus loin pour éviter les similarités », suggère le photographe.

Mpihary Razafindrabezandrina

034 43 175 86

Laisser un commentaire
no comment
no comment - Michael : L’avant-première validée

Lire

25 avril 2026

Michael : L’avant-première validée

La salle du Cinépax à Ambodivona affichait complet, vendredi soir, pour l’avant-première du film Michael. Avant même que les lumières ne s'éteignent,...

Edito
no comment - Notre janvier à nous

Lire le magazine

Notre janvier à nous

Il y a quelque chose d'assez beau dans l'idée de commencer l'année en mars. Quand le reste du monde a déjà oublié ses résolutions de janvier, nous, nous prenons le temps — celui du calendrier lunaire, celui des ancêtres. Ce n'est pas du retard. C'est une autre façon de mesurer le temps.
Cette année, quelque chose a changé. Ou plutôt : quelque chose est en train de revenir. De plus en plus de Malgaches — jeunes surtout, ce qui n'est pas anodin — se retournent vers leurs racines, cherchent à comprendre ce que signifie réellement l'Alahamadibe, posent des questions que leurs parents n'avaient pas forcément posées. Cette prise de conscience mérite qu'on s'y arrête. On ne peut avancer qu'en sachant d'où l'on vient. C'est vrai pour les individus.
C'est vrai pour les peuples. Alors, en ce début d’année en plein mois de mars, permettez-nous de vous adresser nos voeux les plus sincères. Mitomboa hasina — que votre valeur sacrée grandisse. Samia tsara, samia soa — que tous soient en bonne santé, que tous aillent bien. Que cette nouvelle année soit plus lumineuse que la précédente, plus douce, plus féconde. Que ceux qui cherchent leurs racines les trouvent — et qu'ils y puisent, non pas une nostalgie stérile, mais une force tranquille pour aller de l'avant. Taombaovao 2026. Une page blanche. À vous de l'écrire.

No comment Tv

Interview - Ferme de la Jungle - Avril 2026 - NC 195

Découvrez la Ferme de la Jungle, dans le no comment ® NC 195 – avril 2026
Nichée à Ambohimanarina, en plein cœur d’Antananarivo, la Ferme de la Jungle de Rajaonarivony Christian offre une escapade nature surprenante : eau, verdure et animaux rares sur près de 5 hectares. Pêche, pique-nique, visites guidées… le site peut accueillir jusqu’à 300 personnes.

Focus

Tournoi Komba Overcome de Tekken Mada

Tournoi Komba Overcome de Tekken Mada, le samedi 21 et dimanche 22 février au Tana Water Front

no comment - Tournoi Komba Overcome de Tekken Mada

Voir