Jean Nirina Razafindralambo « L’art est une bataille d’idées »
9 juin 2024 // Arts Plastiques // 7151 vues // Nc : 173

Passionné et créatif, c’est l’artiste plasticien, Jean Nirina Razafindralambo, qui signe la couverture du no comment® magazine de ce mois de juin. À travers des collages habiles réalisés à partir de vieux magazines, il donne vie à une vision artistique où la musique résonne, évoquant les pratiques sociales et émotionnelles qui nous unissent tous.

« L’œuvre sur la couverture du magazine intitulé Showcase est une immersion profonde dans mes passions pour la soul, le jazz et la musique noire en général » révèle-t-il. À travers des collages astucieux réalisés à partir de vieux magazines, Jean Nirina Razafindralambo ajoute que les petits mots dispersés sur l’œuvre ne sont pas seulement des éléments de design, mais des symboles de la nécessité de discuter des réalités parfois frustrantes ou injustes de la société. En effet, Jean Nirina Razafindralambo utilise l’art comme un moyen d’expression authentique, offrant une plateforme pour aborder des sujets sensibles avec sincérité et profondeur. « La palette de couleurs utilisée dans mes œuvres est également significative. Le bleu est empreint de positivité dans la culture malgache. La couleur jaune, évoquant le futur, apporte une touche d’espoir et d’anticipation ».

L’artiste nous dévoile les coulisses de sa technique de collage, une fusion d’inspiration et de créativité. Cela dit, le processus de création est tout aussi fascinant que le résultat final. Initialement expérimenté en 2021 avec un tableau mêlant peinture et tags, inspiré par l’art de rue, le collage est devenu un élément central de son travail. « J’ai utilisé cette technique pour restaurer les déchirures et les accrocs de mes tableaux, ce qui a ensuite donné naissance à un nouveau style distinctif ». Tous ses tableaux sont ainsi réalisés en collage, à partir des cartons non utilisés et des vieux magazines. « Souvent, on dit qu’un peintre doit suivre une lignée artistique bien définie, mais pour moi, ce qui compte avant tout, c’est la puissance de la créativité ». Son approche éclectique et durable reflète non seulement son engagement envers l’art, mais aussi son souci de l’environnement. « J’évite les journaux pour les collages. Dans mes œuvres, je joue avec l’ombre et la lumière, me concentrant sur le réalisme et la technique ».

Le parcours artistique de Jean Nirina Razafindralambo est marqué par un engagement en tant qu’autodidacte. « L’art est une bataille d’idées où il faut trouver son originalité pour ne pas ressembler aux autres. Bien que j’ai suivi de nombreuses formations et participé à des ateliers, je me considère avant tout comme un autodidacte. J’apprends de chaque expérience et de chaque interaction avec le monde artistique ». Depuis qu’il a choisi de faire de sa passion sa profession en 2003, Jean Nirina Razafindralambo ne cesse de continuer d’explorer les limites de son domaine artistique. Il a déjà représenté Madagascar plusieurs fois lors d’événements et d’expositions à travers l’Europe ou encore l’Afrique. Responsable artistique et vice-président de la Colline, maison sociale des arts à Ambatovinaky, il s’épanouit constamment dans le monde des arts. Actuellement, il travaille sur un projet artistique qui reste encore confidentiel, et espère participer pour la cinquième fois à la Biennale Internationale du Portrait en Bosnie-Herzégovine, une étape supplémentaire dans son voyage artistique marqué par l’innovation et la passion.

« Femme forte »
Technique : Collage - 2023
« Au risque de déplaire à ces dames… je défends l’idée que l’égalité entre les sexes ne se revendique pas.
Elle vient d’elle-même, quand les personnes, hommes ou femmes, ont prouvé qu’elles sont dignes du poste qui leur est confié. »
« Un bonheur immense »
Technique : Collage : isorel, papier magazine, carton 24 cm x 16 cm - 2024
« Sous le voile d’une nuit parsemée d’étoiles, Chacun son destin tisse, en quête son éclat. Le bonheur, tel un endroit inaliénable, Se mérite, se cueille comme l’astre qui veille. »
« A contre temps »
Technique : Collage 112 cm x 80 cm - 2023
« Quand je peins, je disparais dans mon monde. »

Propos recueillis par  Cédric Ramandiamanana
Facebook : Jean Nirina Razafindralambo
Contact : +261 34 16 744 12

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Le 20 mars, journée mondiale du conte, devrait être férié pour l’imaginaire. Rien que ça. Car il fut un temps — pas si lointain — où Madagascar vibrait au rythme des angano, ces récits qui, le mercredi après-midi, clouaient les enfants devant la radio ou la télévision. On n’avait pas école. On avait mieux : Trimobe, Rapeto, Ranoro. Dans les années 80, 90, et même au début des années 2000, toutes les stations ou presque avaient leur programme dédié. C’était un rendez-vous sacré. Les grandmères rassemblaient les petits-enfants autour du foyer, le soir, et les mots devenaient braises. Trimobe, ogre insatiable mais régulièrement dupé par un gamin — ou une fillette paraplégique — apprenait l’humilité à coups de ruse. Rapeto, géant malgache, déplaçait des montagnes sans tractopelle. Ranoro, sirène des eaux profondes, murmurait à l’oreille des rêveurs.Aujourd’hui ? Ces figures glissent doucement vers l’ombre. Illustres inconnus d’une génération qui connaît mieux les superhéros importés que les ogres du terroir. Les écrans n’ont pas cessé de raconter des histoires — loin de là — mais elles viennent souvent d’ailleurs, calibrées, doublées, marketées. On ne va pas jouer les passéistes professionnels, mais tout de même. Car jadis — mot dangereux, je sais — les angano travaillaient l’imaginaire comme un artisan polit une pierre brute. Ils enseignaient sans en avoir l’air. Ils faisaient peur, parfois. Rire, beaucoup. Grandir, surtout. Heureusement, depuis quelque temps, des créateurs de jeux vidéo et de films d’animation gasy réinvestissent ces figures. Avec des libertés narratives, quelques retouches ici et là, certes. Mais l’essentiel demeure : les personnages respirent encore. Alors, en ce 20 mars, la question n’est pas de savoir si le conte survivra à l’ère du scroll infini. Elle est plus simple — et plus vertigineuse : que restera-t-il de nous si nos enfants ne rêvent plus dans notre langue ?

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