Idylles abracadabrantes : Silence, ça aime
11 octobre 2025 // Arts de la scène // 4382 vues // Nc : 189

À Madagascar, le duo belge Mascha et Vincent a offert une parenthèse enchantée avec Idylles abracadabrantes. Un spectacle muet, drôle et tendre, où l’amour se dessine en gestes, en regards et en maladresses. Une bulle universelle, jouée aussi bien devant les enfants que les festivaliers.

Deux personnages, un homme et une femme, se croisent, s’apprivoisent, s’énervent, se séduisent. L’histoire pourrait paraître banale, mais chez Mascha et Vincent, elle prend des allures de poésie visuelle. Leur spectacle, « Idylles abracadabrantes », est une romance muette de 30 minutes où l’amour se dit autrement : par des gestes, des maladresses, des rires, des jonglages, des clowneries et des regards complices. Le public, qu’il soit enfant dans un orphelinat d’Ivato ou adulte assis dans un festival d’humour, se laisse happer par cette bulle tendre et comique, sans barrière de langue. « Nous voulons dépasser les frontières linguistiques. Les gestes sont plus parlants que les mots », explique Mascha, fondatrice de la compagnie Tiguidap. Et la mission est réussie, car les éclats de rire fusent, les sourires se dessinent, et chacun repart avec une petite dose de magie.

L’histoire de la pièce est aussi insolite que son titre. Elle est née en Chine. « Lors d’un voyage où l’on nous a demandé d’inventer un numéro à jouer le lendemain. En une nuit, Idylles abracadabrantes a vu le jour », raconte Vincent Paquot Rasquinet, jongleur et spécialiste de pyrotechnie. Depuis, la pièce a voyagé aux États-Unis, en Europe et maintenant à Madagascar, s’enrichissant à chaque étape de petites touches locales. « Un geste peut avoir un sens en Europe et en signifier un autre ailleurs. Nous adaptons toujours notre langage corporel pour être compris de tous », précisent-ils.

Invités au pays pour un mariage, les deux artistes belges n’ont pas résisté à l’envie de partager leur création. Leur agenda fut chargé : représentations dans des écoles de quartiers défavorisés, spectacles dans des orphelinats, mais aussi apparitions aux côtés d’humoristes malgaches sur scène. Une générosité artistique qui a touché autant que diverti.

Solofo Ranaivo

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Le 20 mars, journée mondiale du conte, devrait être férié pour l’imaginaire. Rien que ça. Car il fut un temps — pas si lointain — où Madagascar vibrait au rythme des angano, ces récits qui, le mercredi après-midi, clouaient les enfants devant la radio ou la télévision. On n’avait pas école. On avait mieux : Trimobe, Rapeto, Ranoro. Dans les années 80, 90, et même au début des années 2000, toutes les stations ou presque avaient leur programme dédié. C’était un rendez-vous sacré. Les grandmères rassemblaient les petits-enfants autour du foyer, le soir, et les mots devenaient braises. Trimobe, ogre insatiable mais régulièrement dupé par un gamin — ou une fillette paraplégique — apprenait l’humilité à coups de ruse. Rapeto, géant malgache, déplaçait des montagnes sans tractopelle. Ranoro, sirène des eaux profondes, murmurait à l’oreille des rêveurs.Aujourd’hui ? Ces figures glissent doucement vers l’ombre. Illustres inconnus d’une génération qui connaît mieux les superhéros importés que les ogres du terroir. Les écrans n’ont pas cessé de raconter des histoires — loin de là — mais elles viennent souvent d’ailleurs, calibrées, doublées, marketées. On ne va pas jouer les passéistes professionnels, mais tout de même. Car jadis — mot dangereux, je sais — les angano travaillaient l’imaginaire comme un artisan polit une pierre brute. Ils enseignaient sans en avoir l’air. Ils faisaient peur, parfois. Rire, beaucoup. Grandir, surtout. Heureusement, depuis quelque temps, des créateurs de jeux vidéo et de films d’animation gasy réinvestissent ces figures. Avec des libertés narratives, quelques retouches ici et là, certes. Mais l’essentiel demeure : les personnages respirent encore. Alors, en ce 20 mars, la question n’est pas de savoir si le conte survivra à l’ère du scroll infini. Elle est plus simple — et plus vertigineuse : que restera-t-il de nous si nos enfants ne rêvent plus dans notre langue ?

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