Esther Nirina, Le grand questionnement de la langue
26 janvier 2026 // Littérature // 1558 vues // Nc : 192

Aujourd’hui, au menu, une poétesse qui me tient à coeur, une de celles qui a élevé en ces terres la dimension du poète à sa hauteur véritable. C’est Esther Nirina. Poète oubliée? Jamais, car la poésie n’est pas de ceux qu’on enterre. Elle trouvera toujours à parler aux oreilles attentives.

Interroger le monde

Avec Esther Nirina, il faut plonger. Commencer par le commencement. Le recueil Simple Voyelle.

«Dis-pourquoi a-t-il choisi
Ce coin du ciel pour répandre son incendie
Est-ce un coucher de soleil
Ou bien l’écume du temps?»

Un questionnement profond se profile dans ce bribe de texte. Le soleil est-il soleil? Inquiétude du poète, insuffisance de la langue à dire tout le réel, tout ce qui est derrière le simple phénomène, toute la masse d’émotion et d’impression qu’imprime sur nous la naïveté apparente d’un couché de soleil. Car le soleil n’est pas que soleil nous rappelle Esther Nirina.

Il est aussi la trace du temps qui passe, l’indice de son écoulement. Et dans cet achèvement du jour bien sûr que vient la mélancolie des souvenirs de ce qui a été laissé derrière par la course effrénée de l’horloge. Oui, l’œil du jour, Masoandro,est plus que ce mot, simple, «Soleil». Mais qui pour percer son mystère?

«Mais seule…
Une femme seule
Dedans son abîme sans fond
Monte une échelle invisible
Au rythme…
De sa silencieuse respiration»

Pour entrer dans sa profondeur, dans sa chair, son sang, sa réalité véritable, qui de mieux qu’elle, la poétesse, qui perçoit et qui emmène à percevoir, ressentir et palpiter, toute la richesse du réel. Oui il faut monter. Dominer d’une vision l’horizon, voir plus, voir moins peut-être.

Une prière qui élève le monde

Mais pourquoi au final diriez-vou? Et bien pour tout le sacré, pour faire prière, parce que quelque chose appelle, quelque chose de plus grand, un mystère que devine la poétesse et auquel elle nous initie. La dimension poétique, où se révèle tout ce que le monde a de spirituel au cœur du silence.

«Acte du silence
Durée d’une éclaircie
Où règne
Le visage vivant
De Dieu»

Et ainsi Esther Nirina avec ses mots frêles, vibrants, nous plonge vers des profondeurs insoupçonnables, emmenant sur cette île une dimension poétique souvent effleurée et rarement déployée avec une telle amplitude.

Les critiques d'Elie Ramanankavana

Poète / Curateur d'Art / Critique d'art et de littérature / Journaliste

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