Nous étions tous les deux seuls à la maison
31 décembre 2024 // 4343 vues 

Nous étions tous les deux seuls à la maison. Mes parents étaient sortis et ils étaient aussi les siens, même si j'étais l'oncle et elle la nièce. Cela me ramenait à un temps où sa mère et moi restions seuls à la maison, alors que nos parents, ceux-là même qui avaient des obligations sociales cette nuit, sortaient pour quelque chose comme une cérémonie de mariage. Cette fois, j'étais à la place qu'occupait à l'époque ma grande sœur. Elle m'avait façonné et offert ce que j'ai eu de plus beau. Je ne lui arriverais jamais à la cheville en cela. J'allais faire de mon mieux pour aimer sa fille d'une façon qui m'était propre. D'ailleurs elle m'a dit : « Tonton ! C'est l'heure de se coucher maintenant ! » Les cheveux en bataille, elle me regardait de ces yeux coquets, qu'elle avait empruntés à son père. Elle avait un grand livre illustré à la main, elle tenait celui-ci ostensiblement pour m'indiquer ce que j'avais à faire. Nous nous sommes mis dans le lit à barreaux, encore trop grand pour elle et déjà trop petit pour moi. Je pliais les jambes et commençais à lui lire une histoire.

La veilleuse faisait tomber sa lumière sur les paillettes qu'elle portait pour dormir. Elle aimait les couleurs et la brillance des choses ; elle voulait les porter jusque dans son sommeil. Nous nous sommes mis à jouer avec les reflets dansant sur la moustiquaire. Sa petite main se mesurait à la mienne, faisant ressurgir des souvenirs de ma propre enfance. Je rêvais alors d'être admiré pour la beauté de ce que j'allais écrire et je me rendais compte qu'un tel rêve avait très mal vieilli. Je ne serais jamais plus que son oncle, celui avec qui elle avait partagé ses parents. Les reflets de ce qui brille dans la lumière étaient pour nous un divertissement, jusqu'à ce que sa main ne retombe de fatigue. Elle ne se souviendrait sûrement pas de cette nuit, et moi j'y avais mis toute mon essence. Je ne lui en voudrais certainement pas, comme mes parents ne m'en avaient pas voulu, d'avoir oublié les premiers instants de notre voyage. C'était tout ce dont j'étais capable. Je ne toucherais pas grand monde en définitive, avec mes textes. Mais j'étais allongé aux côtés d'un petit être sous le toit d'un chapiteau. Et nous effleurions des débris d'étoiles dans le ciel.

Izika

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Le 20 mars, journée mondiale du conte, devrait être férié pour l’imaginaire. Rien que ça. Car il fut un temps — pas si lointain — où Madagascar vibrait au rythme des angano, ces récits qui, le mercredi après-midi, clouaient les enfants devant la radio ou la télévision. On n’avait pas école. On avait mieux : Trimobe, Rapeto, Ranoro. Dans les années 80, 90, et même au début des années 2000, toutes les stations ou presque avaient leur programme dédié. C’était un rendez-vous sacré. Les grandmères rassemblaient les petits-enfants autour du foyer, le soir, et les mots devenaient braises. Trimobe, ogre insatiable mais régulièrement dupé par un gamin — ou une fillette paraplégique — apprenait l’humilité à coups de ruse. Rapeto, géant malgache, déplaçait des montagnes sans tractopelle. Ranoro, sirène des eaux profondes, murmurait à l’oreille des rêveurs.Aujourd’hui ? Ces figures glissent doucement vers l’ombre. Illustres inconnus d’une génération qui connaît mieux les superhéros importés que les ogres du terroir. Les écrans n’ont pas cessé de raconter des histoires — loin de là — mais elles viennent souvent d’ailleurs, calibrées, doublées, marketées. On ne va pas jouer les passéistes professionnels, mais tout de même. Car jadis — mot dangereux, je sais — les angano travaillaient l’imaginaire comme un artisan polit une pierre brute. Ils enseignaient sans en avoir l’air. Ils faisaient peur, parfois. Rire, beaucoup. Grandir, surtout. Heureusement, depuis quelque temps, des créateurs de jeux vidéo et de films d’animation gasy réinvestissent ces figures. Avec des libertés narratives, quelques retouches ici et là, certes. Mais l’essentiel demeure : les personnages respirent encore. Alors, en ce 20 mars, la question n’est pas de savoir si le conte survivra à l’ère du scroll infini. Elle est plus simple — et plus vertigineuse : que restera-t-il de nous si nos enfants ne rêvent plus dans notre langue ?

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