Elles ont plongé dans la crique
24 novembre 2024 // 3531 vues 

Elles ont plongé dans la crique. Elles brillaient autant que les éclats de lumière brisés à la surface de la mer. Elles avaient ému l’après-midi qui, décidant d’être de connivence, s’attardait une heure voire deux de plus. Un bunker se penchait sur le sable, son œil béant s’ouvrait sur l’horizon mais il avait perdu sa mitrailleuse qui pointait jadis comme un membre en érection. À la place de la guerre, il y avait elles, flottant seins nus, baignées de soleil. Sur la plage se dessinaient les empreintes de leurs pas, que les vagues ne tarderaient pas à effacer sans tristesse ni colère.

Et elles semblaient d’ailleurs ne plus jamais devoir rentrer, elles avaient l’air de ne craindre ni la houle ni l’attraction des profondeurs. Elles auraient pu nager jusqu’aux frontières de nulle part, l’après-midi l’aurait permis ; il se serait attardé pour elles, une heure, deux de plus.

Izika

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Le 20 mars, journée mondiale du conte, devrait être férié pour l’imaginaire. Rien que ça. Car il fut un temps — pas si lointain — où Madagascar vibrait au rythme des angano, ces récits qui, le mercredi après-midi, clouaient les enfants devant la radio ou la télévision. On n’avait pas école. On avait mieux : Trimobe, Rapeto, Ranoro. Dans les années 80, 90, et même au début des années 2000, toutes les stations ou presque avaient leur programme dédié. C’était un rendez-vous sacré. Les grandmères rassemblaient les petits-enfants autour du foyer, le soir, et les mots devenaient braises. Trimobe, ogre insatiable mais régulièrement dupé par un gamin — ou une fillette paraplégique — apprenait l’humilité à coups de ruse. Rapeto, géant malgache, déplaçait des montagnes sans tractopelle. Ranoro, sirène des eaux profondes, murmurait à l’oreille des rêveurs.Aujourd’hui ? Ces figures glissent doucement vers l’ombre. Illustres inconnus d’une génération qui connaît mieux les superhéros importés que les ogres du terroir. Les écrans n’ont pas cessé de raconter des histoires — loin de là — mais elles viennent souvent d’ailleurs, calibrées, doublées, marketées. On ne va pas jouer les passéistes professionnels, mais tout de même. Car jadis — mot dangereux, je sais — les angano travaillaient l’imaginaire comme un artisan polit une pierre brute. Ils enseignaient sans en avoir l’air. Ils faisaient peur, parfois. Rire, beaucoup. Grandir, surtout. Heureusement, depuis quelque temps, des créateurs de jeux vidéo et de films d’animation gasy réinvestissent ces figures. Avec des libertés narratives, quelques retouches ici et là, certes. Mais l’essentiel demeure : les personnages respirent encore. Alors, en ce 20 mars, la question n’est pas de savoir si le conte survivra à l’ère du scroll infini. Elle est plus simple — et plus vertigineuse : que restera-t-il de nous si nos enfants ne rêvent plus dans notre langue ?

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