Chef Thémis : La cuisine peut changer des vies
8 novembre 2020 // Assos // 5023 vues // Nc : 130

Ambassadeur culturel de Madagascar au Canada, le chef Thémis se sert de la cuisine comme d’une arme pour lutter contre la pauvreté. Avec son association Cuisines Sans Frontières, il donne des formations de cuisine aux plus démunis pour les aider à changer de vie.  

« Un chef n’existe pas uniquement au-dessus de ses casseroles. Il doit sortir de ses cuisines. Si vous cuisinez sans comprendre les effets de la surpêche ou de la pollution des eaux ou sans vous inquiéter du tri de vos déchets, vous ne servez pas votre profession. » Le constat est sans concession, la lucidité totale en ce qui concerne notamment la situation malgache. Et comme l’homme a de la suite dans les idées, c’est ainsi qu’il en arrive à fonder en 2003, avec sa défunte femme Lucie, Cuisines Sans Frontières, une association qui se donne pour but d’offrir des formations culinaires aux plus démunis afin de les aider à sortir de la précarité. « Nous donnons la canne à pêche pas le poisson. Nous ne nourrissons pas, mais nous formons pour que les personnes se prennent en main d’une manière durable. Nous avons formé pas loin de 300 personnes, femmes et hommes qui avaient tous du travail avant la pandémie », fait observer Jean Louis Thémistocle Randriantina, alias Chef Thémis.

Il débarque au Canada en 1972 après avoir obtenu une bourse d’études. Il s’inscrit à l’Institut du tourisme et de l’hôtellerie du Québec dont il devient enseignant des années plus tard. Il donne des cours de cuisine mais initie également ses élèves à l’entomophagie ou l’art de faire bombance avec des… insectes. Il se fait d’ailleurs connaître en introduisant les bibittes (pas d’affolement, il s’agit de bourdons) dans la cuisine québécoise durant l’événement Croque-Insectes en 1996 ; il a également à son actif trois livres dont Des insectes à croquer. « Je crois fortement que les insectes sont la nourriture du futur, saine et pleine de protéines. »

Le chef Thémis est un peu considéré comme un Ovni dans la cuisine car il aime faire découvrir d’autres univers culinaires. Il se démarque en ouvrant le premier restaurant malgache en Amérique du Nord et devient ambassadeur culturel pour Madagascar. Un deuxième restaurant s’ouvre où il propose cette fois une cuisine qui tend vers l’exotisme, une sorte de « cuisine fusion ». C’est ainsi qu’il se fait remarquer par la chaîne alimentaire Métro pour promouvoir les fruits et les légumes exotiques. Pour lui, la cuisine est un « partage de savoir et surtout être proche des autres ». Des valeurs qu’il aime transmettre à ses élèves. « Je ne veux pas que mes élèves retiennent uniquement les réductions balsamiques ou les juliennes, ils doivent aussi se rappeler l’homme. Je suis très proche d’eux et ils peuvent me parler quand il y a des problèmes. »

Justement, pour déstresser, le chef Thémis a un autre secret : la musique. Qu’il compose la musique ou écrive les paroles, c’est bien sûr pour y faire l’apologie de la nourriture. L’album de chansons qu’il a ainsi enregistré lui permet aussi de financer ses projets. Grâce à son travail avec Cuisiniers Sans Frontières, il a été nommé en 2008 « chef de l’année » par la Société des chefs cuisiniers et pâtissiers du Québec. En 2017, il est le chef et fondateur du Parti culinaire du Québec. Et comme son appétit est immense, il prévoit d’ouvrir d’autres écoles de formations dans d’autres régions de Madagascar.

Propos recueillis par Aina Zo Raberanto

Laisser un commentaire
no comment
no comment - Tantely Rakotoarivelo : Rahely en lumière

Lire

9 mars 2026

Tantely Rakotoarivelo : Rahely en lumière

Tantely Rakotoarivelo rend hommage à sa grand-mère avec une collection portant son nom. « Les personnes bienveillantes, dit-il, restent immortels dans...

Edito
no comment - Conte de fake

Lire le magazine

Conte de fake

Le 20 mars, journée mondiale du conte, devrait être férié pour l’imaginaire. Rien que ça. Car il fut un temps — pas si lointain — où Madagascar vibrait au rythme des angano, ces récits qui, le mercredi après-midi, clouaient les enfants devant la radio ou la télévision. On n’avait pas école. On avait mieux : Trimobe, Rapeto, Ranoro. Dans les années 80, 90, et même au début des années 2000, toutes les stations ou presque avaient leur programme dédié. C’était un rendez-vous sacré. Les grandmères rassemblaient les petits-enfants autour du foyer, le soir, et les mots devenaient braises. Trimobe, ogre insatiable mais régulièrement dupé par un gamin — ou une fillette paraplégique — apprenait l’humilité à coups de ruse. Rapeto, géant malgache, déplaçait des montagnes sans tractopelle. Ranoro, sirène des eaux profondes, murmurait à l’oreille des rêveurs.Aujourd’hui ? Ces figures glissent doucement vers l’ombre. Illustres inconnus d’une génération qui connaît mieux les superhéros importés que les ogres du terroir. Les écrans n’ont pas cessé de raconter des histoires — loin de là — mais elles viennent souvent d’ailleurs, calibrées, doublées, marketées. On ne va pas jouer les passéistes professionnels, mais tout de même. Car jadis — mot dangereux, je sais — les angano travaillaient l’imaginaire comme un artisan polit une pierre brute. Ils enseignaient sans en avoir l’air. Ils faisaient peur, parfois. Rire, beaucoup. Grandir, surtout. Heureusement, depuis quelque temps, des créateurs de jeux vidéo et de films d’animation gasy réinvestissent ces figures. Avec des libertés narratives, quelques retouches ici et là, certes. Mais l’essentiel demeure : les personnages respirent encore. Alors, en ce 20 mars, la question n’est pas de savoir si le conte survivra à l’ère du scroll infini. Elle est plus simple — et plus vertigineuse : que restera-t-il de nous si nos enfants ne rêvent plus dans notre langue ?

No comment Tv

Interview - ILLICIT SOUL - Février 2026 - NC 193

Découvrez ILLICIT SOUL, groupe de musique, dans le no comment® NC 193 - février 2026.
Depuis 2024, Meji, Fat Killah, HMan, trois producteurs de musique, font tourner Illicit Soul comme on ferait tourner un vinyle rare. Un crew avec le flair pour dénicher les talents malgaches, une idée forte, presque clandestine, et un concept sans équivalent. Un goût de Rhum Vanille, corsé mais maîtrisé.

Focus

Tournoi Komba Overcome de Tekken Mada

Tournoi Komba Overcome de Tekken Mada, le samedi 21 et dimanche 22 février au Tana Water Front

no comment - Tournoi Komba Overcome de Tekken Mada

Voir