Benitany Randimby : L’art de redonner vie aux voitures anciennes
13 septembre 2023 // Métiers & Petits Métiers // 6004 vues // Nc : 164

Au cœur d’Ankadivorikely Soalandy, Andoharanofotsy, un trésor méconnu attend les passionnés d’automobiles d’époque. Kavina Garage (Car Vintage Anay), dirigé par le visionnaire Benitany Randimby, est bien plus qu’un simple lieu de réparation et de restauration de voitures anciennes. C’est un véritable sanctuaire où l’art de redonner vie à ces bijoux mécaniques se mêle à une passion profonde pour préserver l’héritage automobile malgache.

L’histoire de Benitany Randimby est celle d’un rêve devenu réalité. En 2012, il a pris la décision audacieuse de se plonger dans le monde de la restauration des voitures anciennes. « J’ai toujours été un grand passionné. Ma propre fascination pour les carcasses des voitures anciennes lors de mes missions à Tuléar m’a conduit à ouvrir mon propre garage » Ce qui rend le Kavina Garage unique, c’est cette philosophie de Benitany. Son lien personnel avec sa toute première voiture qu’il possédait depuis 1999, une Peugeot 403 qui l’a conduit à transformer cette passion en une vocation. Cependant, son ambition va bien au-delà de simples réparations. « Je me suis donné pour mission de ramener à la vie ces trésors mécaniques tout en conservant leur essence d’antan et sans rivaliser avec les concessionnaires automobiles ».

Chaque voiture qui entre dans le Kavina Garage n’a pas la chance d’être restaurée. Son approche est sélective et méticuleuse. « Les voitures candidates à la restauration doivent répondre a des critères stricts, notamment l’exigence que tous les éléments d’origine, des moteurs aux boîtes, soient présents ». Cette attention minutieuse aux détails est ce qui distingue le travail de Benitany. Même lorsque la voiture se présente sous la forme d’une carcasse, il ne laisse aucun aspect inachevé, se concentrant sur la restauration de la carrosserie pour ramener le véhicule à sa splendeur d’autrefois. « En moyenne, il faut environ 5 ans pour restaurer une voiture. Cela requiert beaucoup de patience ».

Néanmoins, la quête de Benitany n’est pas exempte de défis. « La recherche des pièces et accessoires pour les voitures anciennes peut être une tâche ardue ». Cependant, il demeure résolu, expliquant que les moteurs des voitures anciennes sont rarement irréparables et que chaque élément a une valeur qui va au-delà de sa fonctionnalité. Chaque restauration est un voyage dans le temps, exigeant une patience infinie et un souci du détail méticuleux. « Je suis un puriste, refusant les adaptations au profit de la préservation de l’originalité ». En effet, chaque étape du processus est réalisée avec soin, et il collabore même avec la RTA (Revue Technique Automobile) pour s’assurer que chaque détail est correctement traité.

Dans son garage, plus de 50 voitures trouvent refuge, chacune avec sa propre histoire. Bien que seulement 5 à 6 voitures aient été restaurées à 100%, près de 90% sont prêtes à reprendre la route. La sélection rigoureuse de Benitany se reflète également dans sa réticence à louer ces trésors. « Il est possible de louer certaines voitures pour des évènements familiaux, mais je reste très strict dans sa sélection en raison de la valeur que j’accorde à chacune d’entre elles ». Il considère ses voitures comme faisant partie du patrimoine malgache et a même l’intention de les exposer dans un futur musée dédié aux voitures anciennes. « Je possède même une voiture qui appartenait au grand-père de la chanteuse malgache Black Nadia ».

La plus grande satisfaction pour Benitany, c’est aussi le bonheur qu’il procure aux propriétaires des voitures anciennes qu’il restaure. « Je me souviens d’un ami qui m’a confié une Volkswagen noire. Il a pleuré de joie en voyant le résultat final de la restauration ». Pour Benitany, il ne s’agit pas seulement de restaurer des voitures, mais de toucher les cœurs et de créer des souvenirs durables. De plus, sa véritable ambition n’est pas de vendre ces trésors restaurés, mais plutôt d’inspirer les Malgaches à chérir leurs voitures anciennes et à reconnaitre le talent et le savoir-faire du pays. « Le côté commercial passe au second plan ; c’est l’amour de la passion qui prédomine ». La passion de Benitany a également laissé son empreinte sur sa famille. Son fils suit ses traces en embrassant la mécanique, tandis que sa fille ne conduit que les voitures restaurées par son père. Sa femme, témoin de son engagement inébranlable, est extrêmement fière de ses réalisations.

Sa passion, sa patience et son souci du détail sont autant de leçons que Benitany souhaite transmettre aux passionnés. Il encourage ainsi à ne pas se précipiter, à embrasser chaque étape du voyage et à chercher de l’aide si nécessaire. « Parfois, ça nous arrive de faire appel à des experts pour l’installation électrique ou d’autres aspects techniques. On ne prétend pas tout savoir ». Outre son rêve de créer un musée dédié aux voitures anciennes, Benitany envisage également d’organiser des visites touristiques de la ville d’Antananarivo avec les voitures anciennes. En plus, il continue de travailler avec le RIF (Réseau International des Fournisseurs) pour faciliter la recherche de pièces et d’accessoires nécessaires à ses projets. Benitany est passionné par son métier et ne cesse d’apprendre de nouvelles choses, comme récemment lorsqu’il a travaillé sur une voiture d’origine américaine.

Chaque voiture qui quitte le Kavina Garage est bien plus qu’un simple véhicule restauré. C’est une œuvre d’art, un témoignage vivant de l’engagement inébranlable de Benitany envers la préservation du patrimoine automobile de Madagascar. Son atelier est bien plus qu’un simple lieu de restauration, c’est aussi un sanctuaire de passion et d’amour. A travers chaque restauration minutieuse, Benitany Randimby fait revivre le passé et créé un avenir où le patrimoine automobile malgache continue de briller.

Propos recueillis par  Cédric Ramandiamanana
Contact : +261 34 14 034 55

Laisser un commentaire
no comment
no comment - Tantely Rakotoarivelo : Rahely en lumière

Lire

9 mars 2026

Tantely Rakotoarivelo : Rahely en lumière

Tantely Rakotoarivelo rend hommage à sa grand-mère avec une collection portant son nom. « Les personnes bienveillantes, dit-il, restent immortels dans...

Edito
no comment - Conte de fake

Lire le magazine

Conte de fake

Le 20 mars, journée mondiale du conte, devrait être férié pour l’imaginaire. Rien que ça. Car il fut un temps — pas si lointain — où Madagascar vibrait au rythme des angano, ces récits qui, le mercredi après-midi, clouaient les enfants devant la radio ou la télévision. On n’avait pas école. On avait mieux : Trimobe, Rapeto, Ranoro. Dans les années 80, 90, et même au début des années 2000, toutes les stations ou presque avaient leur programme dédié. C’était un rendez-vous sacré. Les grandmères rassemblaient les petits-enfants autour du foyer, le soir, et les mots devenaient braises. Trimobe, ogre insatiable mais régulièrement dupé par un gamin — ou une fillette paraplégique — apprenait l’humilité à coups de ruse. Rapeto, géant malgache, déplaçait des montagnes sans tractopelle. Ranoro, sirène des eaux profondes, murmurait à l’oreille des rêveurs.Aujourd’hui ? Ces figures glissent doucement vers l’ombre. Illustres inconnus d’une génération qui connaît mieux les superhéros importés que les ogres du terroir. Les écrans n’ont pas cessé de raconter des histoires — loin de là — mais elles viennent souvent d’ailleurs, calibrées, doublées, marketées. On ne va pas jouer les passéistes professionnels, mais tout de même. Car jadis — mot dangereux, je sais — les angano travaillaient l’imaginaire comme un artisan polit une pierre brute. Ils enseignaient sans en avoir l’air. Ils faisaient peur, parfois. Rire, beaucoup. Grandir, surtout. Heureusement, depuis quelque temps, des créateurs de jeux vidéo et de films d’animation gasy réinvestissent ces figures. Avec des libertés narratives, quelques retouches ici et là, certes. Mais l’essentiel demeure : les personnages respirent encore. Alors, en ce 20 mars, la question n’est pas de savoir si le conte survivra à l’ère du scroll infini. Elle est plus simple — et plus vertigineuse : que restera-t-il de nous si nos enfants ne rêvent plus dans notre langue ?

No comment Tv

Interview - ILLICIT SOUL - Février 2026 - NC 193

Découvrez ILLICIT SOUL, groupe de musique, dans le no comment® NC 193 - février 2026.
Depuis 2024, Meji, Fat Killah, HMan, trois producteurs de musique, font tourner Illicit Soul comme on ferait tourner un vinyle rare. Un crew avec le flair pour dénicher les talents malgaches, une idée forte, presque clandestine, et un concept sans équivalent. Un goût de Rhum Vanille, corsé mais maîtrisé.

Focus

Tournoi Komba Overcome de Tekken Mada

Tournoi Komba Overcome de Tekken Mada, le samedi 21 et dimanche 22 février au Tana Water Front

no comment - Tournoi Komba Overcome de Tekken Mada

Voir