Andonirina Ratodisoa : « Miser sur la co-création pour l’avenir Madagascar-Japon »
3 août 2025 // Entreprendre // 6482 vues // Nc : 187

Du 20 au 22 août prochain, la 9ᵉ édition du Tokyo International Conference on African Development – TICAD 9 – se tiendra à Yokohama. Principale actrice dans la participation de la Grande Île à cet événement d’envergure, l’Association Économique Madagascar-Japon (AEMAJA) s’active pour renforcer les liens entre les deux pays. Son président, Andonirina Ratodisoa, revient sur les secteurs stratégiques à promouvoir, les enjeux de coopération et les opportunités d’investissement pour Madagascar. Entretien avec un acteur clé du dialogue économique malgacho-japonais.

Pouvez-vous présenter le TICAD 9 à Yokohama ?
Le TICAD 9 se tiendra à Yokohama du 20 au 22 août 2025. Initié par le Japon en 1993, ce sommet, coorganisé avec l’ONU, la Banque mondiale et l’Union africaine, reste une plateforme majeure pour le développement du continent.

Cette neuvième édition placera la co-création entre l’Afrique et le Japon au cœur des discussions, en impliquant activement les jeunes et le secteur privé. Les débats s’articuleront autour de trois piliers : société, paix et économie, sous le thème « Co-créer des solutions innovantes avec l’Afrique ». Les thèmes prioritaires incluront les infrastructures, l’énergie, l’agriculture, la santé, l’éducation, la sécurité alimentaire et le numérique. Une attention particulière sera accordée aux partenariats public-privé et à la création d’un écosystème favorable aux startups africaines pour stimuler investissements et commerce durable.

Quel rôle l’AEMAJA joue-t-elle concrètement dans la préparation malgache au TICAD 9 ?
Pour l’AEMAJA, la préparation de Madagascar au TICAD 9 est une priorité de mon second mandat en tant que président. Forte de son expertise diplomatique et de sa connaissance des mécanismes de la TICAD, l’association s’est positionnée dès 2024 comme force de proposition.

Lors de sa 3ᵉ Semaine Économique, elle a mobilisé des acteurs publics et privés autour de thématiques prioritaires (innovation, secteurs clés, délégations techniques) pour alimenter la stratégie nationale. L’AEMAJA accompagne les ministères dans l’identification de solutions et œuvre à sensibiliser le secteur privé malgache aux opportunités économiques offertes par ce sommet. En parallèle, elle prévoit d’organiser une 4ᵉ Semaine Économique au Japon en marge du TICAD 9 afin de promouvoir la visibilité de Madagascar, d’attirer des investissements et de tisser des partenariats concrets avec les entreprises japonaises.

Concernant l’accompagnement personnalisé pour les entreprises malgaches, quelles sont les modalités pratiques, les coûts et les critères de sélection ?
Effectivement, dans le cadre de notre Semaine Économique au Japon (14 au 25 août 2025), l’AEMAJA propose un accompagnement personnalisé aux entreprises malgaches. Le principal coût reste celui du transport international et de l’hébergement, mais nous offrons de véritables opportunités de rencontres ciblées entre entreprises malgaches et japonaises. Cet accompagnement se décline selon plusieurs modalités : participation physique au Japon, représentation via des produits ou services, ou encore intégration dans nos canaux de communication et publications. Les critères sont simples : avoir la volonté de développer des partenariats japonais et proposer des produits ou services innovants adaptés aux marchés malgache et japonais. Nous conseillons chaque participant sur la présentation de ses offres et les sensibilisons aux pratiques commerciales et aux comportements des consommateurs japonais pour maximiser leurs chances de succès.

Une semaine AEMAJA ?
La Semaine Économique de l’AEMAJA se tiendra au Japon du 14 au 25 août 2025, en marge du sommet TICAD 9, afin d’optimiser la participation aux événements phares sur le commerce et l’investissement, tels que les stands d’exposition de la JETRO (Agence japonaise de promotion du commerce) et divers side events. Le programme inclura des expositions, des conférences pratiques, des rencontres B2B et des visites d’entreprises et d’institutions japonaises, en particulier celles intéressées par des partenariats avec Madagascar.

C’est une occasion unique de nouer des contacts directs, de présenter un catalogue des entreprises membres et de publier un magazine spécial valorisant les atouts économiques malgaches et les projets de coopération bilatérale. L’objectif est de renforcer les relations économiques et commerciales et également générer des retombées concrètes pour les entreprises participantes.

L’AEMAJA va-t-elle officialiser la création d’une Chambre de Commerce Japon-Madagascar (CCJM) à Yokohama ?
La transformation de l’AEMAJA en Chambre de Commerce mixte était l’un des grands objectifs de mon second mandat. C’est donc officiel : en marge du sommet TICAD 9, nous annoncerons au Japon la création de la Chambre de Commerce Japon-Madagascar (CCJM). Cette décision, validée en assemblée générale, sera formalisée lors d’une cérémonie phare pendant notre Semaine Économique au Japon, en présence d’autorités malgaches et japonaises ainsi que d’entreprises des deux pays. Dès sa création, l’AEMAJA avait été pensée comme une chambre, mais faute de représentativité et de mobilisation suffisante, elle avait opté pour un statut associatif. Après des années de travail pour asseoir notre légitimité auprès des deux gouvernements, nous franchissons ce cap pour institutionnaliser nos actions et attirer davantage d’entreprises japonaises. Avec une soixantaine de membres, nous espérons renforcer nos échanges économiques bilatéraux.

Quels bénéfices macroéconomiques Madagascar espère-t-il tirer du TICAD 9 ?
Le TICAD 9, sommet multilatéral entre le Japon et l’Afrique, vise à renforcer la coopération autour de trois piliers : société, paix et stabilité, et économie. Pour Madagascar, les bénéfices attendus passent par le développement d’infrastructures, l’attraction d’investissements et l’amélioration de l’environnement des affaires. Le projet phare reste le développement du port de Toamasina, financé par le Japon, considéré comme un modèle de partenariat TICAD. Ce projet s’accompagne d’un ambitieux corridor économique Tana-Toamasina (TATOM), incluant des initiatives comme la modernisation des réseaux électriques et d’eau, la construction de ponts sur la RN2 et un flyover reliant Marais Masay à la RN1. Dans le secteur privé, Ambatovy est déjà le plus grand investissement japonais en Afrique, représentant plus de 30 % des exportations malgaches et des milliers d’emplois directs et indirects. Ces succès pourraient attirer de nouveaux IDE japonais si le climat des affaires continue à s’améliorer.

Quels sont les principaux obstacles pour Madagascar à tirer pleinement profit du TICAD ?
Le TICAD est un processus de dialogue, et il faut être présent et entendu durant ces échanges multilatéraux. Ce qui nous manque, c’est de consacrer du temps pour se préparer avec des stratégies concertées et des projets de partenariat bien ficelés. C’est pourquoi, à l’AEMAJA, nous avons mobilisé tous les stakeholders depuis l’année dernière pour définir nos stratégies et les projets concrets de partenariats à promouvoir lors de notre participation au Sommet du TICAD.

Quel est l’état actuel des échanges commerciaux entre Madagascar et le Japon ?
Heureusement, Madagascar est excédentaire en termes d’exportations vers le Japon. Comme vous vous en doutez, les minerais d’Ambatovy, qui représentent plus de 30 % de nos exportations, sont nos principaux produits exportés. En revanche, les Japonais exportent vers Madagascar des véhicules et équipements divers. Nous avons encore beaucoup de potentiel pour augmenter nos exportations vers le Japon, pour ne citer que les produits d’huiles essentielles et d’épices de Madagascar.

Quelles sont, selon vous, les principales filières malgaches à promouvoir auprès du Japon ?
Pour le marché japonais, plusieurs filières de niche malgaches présentent un fort potentiel : cacao, vanille, épices, huiles essentielles, raphia, artisanat de luxe et joaillerie. Nous collaborons déjà avec des organisations économiques pour promouvoir ces produits d’excellence, avec un programme de visites au Japon en août et une mission d’opérateurs japonais à Madagascar en novembre, dans le cadre d’un projet financé par la Banque mondiale. Côté infrastructures, le Japon reste un partenaire clé, avec des projets de routes, ponts, flyovers, mais aussi d’assainissement et d’énergie pour Antananarivo et Toamasina. Nous explorons aussi des partenariats sur la transformation numérique (via le projet Madagascar Digital) et la promotion de startups en énergies vertes et solutions climatiques. Enfin, Madagascar peut valoriser ses zones industrielles, comme le port d’Ehoala, et des projets innovants dans le tourisme durable et la construction anticyclonique discutés avec des partenaires japonais.

Au-delà des exportations, quels types de partenariats industriels ou technologiques sont envisagés ?
Effectivement, le transfert de technologie et le renforcement des capacités de nos ressources humaines figurent parmi les visées de nos dialogues de partenariat et de coopération. Le Japon appuie déjà Madagascar à travers des programmes de formation pour nos techniciens et producteurs. Pour ce TICAD 9, la philosophie de co-création de solutions innovantes en mobilisant nos startups respectives fait partie des axes de discussion. Différents projets d’énergie verte, touristiques, infrastructurels et de transformation numérique sont en cours d’échanges avec les Japonais, et le Sommet de la TICAD pourrait accélérer la concrétisation de ces partenariats.

Quels conseils donneriez-vous aux autorités publiques malgaches et aux chefs d’entreprise pour amplifier les impacts positifs du TICAD 9 sur l’économie nationale ?
Nous devrions juste être cohérents avec ce que nous voulons, avec des objectifs clairs pour notre développement. Nous devrions savoir exactement nos priorités et objectifs. À partir de ces objectifs clarifiés, nous pourrons faire un exercice d’alignement par rapport aux décisions et orientations du TICAD afin de définir des projets cohérents et à impact durable. Pour les chefs d’entreprise, c’est à peu près le même principe : il faut avoir des produits ou services bien conçus, répondant aux marchés visés, afin de promouvoir et chercher des partenaires pour être considérés comme sérieux. Il faut oser aller vers le marché et relever le défi d’apprendre les attentes très sophistiquées des Japonais. Enfin, tout repose sur les relations humaines, et davantage d’échanges directs entre Japonais et Malgaches seront toujours importants pour faciliter la concrétisation des partenariats possibles.

Propos recueillis par Solofo Ranaivo

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