Welcome au kabary
2 juin 2014 - LifeStyle commentaires   //   2595 Views   //   N°: 53

Leur langue, ils y tiennent. Tellement qu’ils n’ont pas hésité à consacrer des années à l’étude du kabary, l’art oratoire malgache. Qu’ils le pratiquent dans toute sa rigueur ou le frottent au slam, tous deux font acte de purisme envers ce qu’ils considèrent être leur bien culturel le plus précieux.

Rova Rajao-Harilala : Ma langue, je la fais souveraine

Etudiante en communication, Rova Rajao-Harilala est tombée dans le kabary dès l’enfance. A 4 ans, elle se laisse séduire par l’art oratoire malgache et décide de prendre des cours avec sa mère. C’est en classe de sixième qu’elle se lance définitivement pour devenir, à 19 ans, une mpikabary redoutable. « En plus d’être un élément représentatif de mon identité culturelle, le kabary m’as permis d’apprendre les mots, les expressions et les proverbes légués par la tradition » Un exercice qui lui a aussi permis de surmonter sa timidité naturelle et la peur qui la tenaillait quand elle avait à prendre la parole en public. Pour elle, le kabary est donc d’abord un moyen de s’exprimer et de connaître la vie malgache, rythmant aussi bien les événements heureux que malheureux. En effet, pas de mariage, pas de funérailles sans le discours de circonstance. « Je suis triste pour ces personnes qui dénigrent la langue malgache et poussent le snobisme jusqu’à ne pas la parler. C’est un héritage millénaire, notre mémoire à tous. » Et de citer, dans le texte, ce proverbe des anciens : « Andrianiko ny teniko, ny an’ny hafa koa feheziko » (Ma langue, je la fais souveraine. Quant à celles des autres, je les maîtrise et les fais miennes aussi). A méditer.

Gangstabab : Mpikabary et slameur

Le slameur et orateur Gangstbab dit Bàbà – Alban Faniry Rakotoarisoa à l’état civil- manie avec une délectation manifeste toutes les facettes de la langue malgache. Aussi bien les plus traditionnelles léguées par le kabary que les plus contemporaines portées notamment par le slam. « Je les fais cohabiter, car elles ont chacune des choses à dire. Sachant que les paroles d’aujourd’hui sont les proverbes de demain. » Son amour du malagasy, il le doit à son professeur de lycée, M. Victor. « Il utilisait les ohabolana (proverbes) couramment, même en dehors de son enseignement. J’imagine qu’il était orateur lui-même ». Plus qu’un intérêt de dilettante, une véritable passion qui le conduit en 2003 à apprendre l’art oratoire dans les règles afin de devenir un authentique mpikabary (spécialiste du discours). Bien que son autre Moi le porte à s’intéresser aussi à la culture urbaine et à l’improvisation poétique de type slam, il reconnaît que la défense de la langue malgache est un devoir alors même qu’elle est « cernée de toutes part par la mondialisation, la culture SMS et tout ce qui s’en suit ». « Je ne suis pas un conservateur borné, je sais que toute langue évolue, mais cela doit se faire en douceur. J’ai horreur des gens qui estropient volontairement leur langue ou y mettent un accent étranger. » Secrétaire général pendant quatre ans de la Fi.Mpi.Ma (Fikambanan’ny mpikabary eto Madagasikara), l’association des orateurs, il sait insuffler à ses textes les plus modernes l’esprit et le rythme du kabary : « Quand je dis : Soroka miara-milanja, tongotra miara-mamindra, tanana miara-mandray, fo miara-mitempo, ça fait quatre temps. On peut se dire : quel rythme ! En fait tous les ohabolana sont bâtis ainsi … » Son deuxième album Aviavy sortira le 2 juillet à l’IKM (Ivon-toeran’ny kolontsaina Malagasy), plus groovy que jamais, avec des percussions puissantes, mais toujours à fleur de kabary. Un pied dans le ghetto, l’autre dans la tradition.

Gangstabab : 032 05 793 13 – alrakotoarisoa@freedsl.mg

Pages réalisées par #AinaZoRaberanto et #JoroAndrianasolo

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