À 148 kilomètres d'Antananarivo par la RN2, la forêt prend le dessus sur tout le reste. Vohimana, nichée dans le corridor forestier de l'Est, est l'une de ces destinations qui ne se visite pas — elle se vit, lentement, à pied, les yeux grands ouverts. Une aire protégée de 1 600 hectares, dont 600 de forêt primaire, qui abrite des recherches scientifiques de longue date et une biodiversité parmi les plus remarquables de la Grande Île.

Le voyage commence bien avant l'arrivée. On quitte la capitale par la RN2, on dépasse Moramanga, et quelque part au PK 148, Ambavaniasy apparaît comme une dernière frontière. Depuis Sandrasoa, vingt minutes de marche suffisent pour entrer dans un autre temps. Depuis Ambavaniasy, comptez plutôt quarante-cinq minutes — le genre de marche d'approche qui prépare l'esprit autant que les jambes. Et soudain, le paysage change de registre. La canopée se referme, les bruits de la route disparaissent, et la forêt installe ses propres règles. « Prenez le temps de ralentir, écoutez le chant de mes arbres et de mes rivières », dit Iry Fitia, du service réservation et coordination au Relais du Naturaliste. Une phrase qui pourrait figurer à l'entrée du site comme première consigne de visite.
Vohimana ne ressemble pas à une destination qu'on coche sur une liste. Les sentiers s'enchaînent naturellement — le circuit Babakoto sur six kilomètres, les pistes qui mènent vers les cascades, les rivières et leurs piscines naturelles que les habitués gardent jalousement comme un secret mal gardé. Le circuit botanique invite à regarder autrement ce qu'on aurait ignoré en ville — orchidées endémiques, fougères arborescentes, plantes médicinales utilisées depuis des générations. Quand la nuit tombe, la forêt change de programme. Douze espèces de lémuriens peuplent ces hectares, dont le Microcèbe de Goodman — l'un des plus petits primates du monde — qui fait son apparition nocturne comme un performer conscient de son effet sur le public. Des chercheurs scientifiques, notamment affiliés à des universités internationales, conduisent ici des études sur la biodiversité forestière depuis plusieurs années. Un détail qui donne au lieu une dimension supplémentaire — celle d'un laboratoire vivant.
Ce qui distingue Vohimana d'une simple réserve naturelle, c'est l'humain derrière le paysage. Avec l'ONG L'Homme & l'Environnement, plus de 500 villageois participent activement au projet — guides locaux formés, accueil des visiteurs, tradipraticiens qui partagent leurs savoirs, distillateurs d'huiles essentielles produites sur place. « Les communautés locales sont au cœur même du projet », insiste Iry Fitia. Séjourner à Vohimana, c'est donc aussi soutenir une économie locale et contribuer directement à la protection de la forêt. Le Relais du Naturaliste propose des hébergements simples mais bien intégrés dans l'environnement — bungalows en matériaux locaux, repas préparés avec les produits du coin, massages aux huiles essentielles distillées sur place. Deux à trois nuits permettent d'explorer sans se précipiter.
Après les sentiers et les cascades, l'autre grand luxe de Vohimana, c'est le silence. Pas l'absence de son — la forêt est sonore, vivante, bavarde — mais l'absence de notifications. « Couper votre téléphone permettra à votre esprit de vraiment goûter à la magie et à la quiétude de Vohimana », sourit Iry Fitia. L'expérience donne parfois cette étrange impression de regarder son écran par réflexe avant de se souvenir qu'il n'y a rien à regarder. C'est là que le voyage commence vraiment. À Vohimana, on ne vient pas seulement pour voir la forêt. On vient pour se souvenir qu'on en fait partie.
Lucas Rahajaniaina
Contact : 0342847085
Facebook : La réserve de Vohimana : un joyaux de biodiversité
Photos fournies par : Le relais du naturaliste